• 26 novembre 2012

    Mon intérêt pour ce roman a été assez irrégulier. J'ai trouvé Oskar attachant. Il est très en avance (son père lui dit: Ne fais pas semblant d'avoir ton âge. ), ses intérêts ne sont pas ceux des enfants de son âge et comme les adultes qu'il rencontre, il souffre de solitude, à l'école en tout cas. Sa quête m'a amusée, son deuil et le poids de son secret m'a émue, tout comme m'a profondément émue le moment de l'enterrement raconté par cette femme qui perd son seul enfant et qui doit, en plus de la sienne, supporter la douleur ce petit-fils qu'elle adore. J'ai moins aimé la partie consacrée à la relation entre la grand-mère et cet homme muet, peut-être parce que cette lâcheté qui consiste à abandonner son enfant à naître et ensuite à passer sa vie à lui écrire des lettres inutiles ne peut me toucher. Je ne suis pas sûre de voir un jour le film car j'ai bien peur que le réalisateur ne possède pas le talent de Jonathan Safran Foer qui permet de ne pas sombrer dans le mélo.


  • 26 juillet 2010

    Un sculpteur tombe amoureux de la fille aînée d’un intellectuel, il retrouvera finalement la sœur de celle-ci à New York, des années après la guerre, après Dresde. Il a vu des gens prendre feu, des corps fondre, un gardien de zoo aveuglé lui confie son fusil, il abat les animaux, les carnivores, et puis les autres, peut être parce qu’ils n’ont pas à souffrir de la folie des hommes.

    Il perd celle qu’il aime, enceinte. Il renonce à la parole, petit à petit les mots disparaissent, il n’en reste plus qu’un seul, Moi, un mot comme un acte d’accusation. Et puis c’est le silence. L’écriture le tire de son mutisme, sur ses paumes sont inscrits Oui et Non, il ne se sépare pas de ses cahiers, il les feuillette pour trouver la bonne réplique, et toujours, pour commencer : Je ne parle pas. Pardon. On devine les mots qui se bousculent sur le palais, le refus de parler, le besoin de s’excuser, pardon d’avoir survécu, Moi. Quelque chose c’est brisé sur les ruines de Dresde, un champ où la peur a éclot : perdre encore, une femme, un fils.
    Il va aimer la sœur cadette. Ils se ménagent dans leur appartement des lieux rien, où chacun n’a pas à prétendre et peut se soustraire à l’autre, au mensonge que constitue leur union, scellée par une morte. Peu à peu les lieux riens envahissent l’appartement, les lieux quelque chose reculent. Il lui offre une machine à écrire pour qu’elle raconte sa vie. On s’introduit entre les deux sœurs, la morte aimée et la survivante plus ombre que l’autre encore. L’enfance s’étale, surprise par la guerre. Et puis elle aussi tombe enceinte. Il a peur, il part. Pendant quarante ans il écrit des milliers de lettres à son fils, il ne les envoie jamais, seulement les enveloppes.
    Son fils tenait la bijouterie familiale à New York, il était bon et c’était le meilleur des pères. Il est mort dans les Tours. Oskar a 9 ans, l’école les a renvoyé chez eux ce jour là, il est seul dans l’appartement, le téléphone sonne, il ne décroche pas, il ne peut pas lui dire au revoir. Son père laisse 5 messages. Oskar emporte le téléphone, il en achète un identique et réenregistre la messagerie d’accueil. Il ne veut pas que sa mère sache. Deux ans après il lui en veut, de rire dans le salon, de ne pas pleurer. On est dans le cerveau meurtri d’un enfant, on occulte avec lui certains faits, on se ligue avec lui contre la mère, contre le reste du monde. Tout parait tellement évident, si rigoureusement posé, que l'on sait, sans trop se l'avouer, nous qui ne sommes plus enfants, que la vérité est autre. Oskar est un génie, il invente des centaines de machines improbables, il joue Hamlet, il écrit des lettres à son héros, Stephen Hawking. Comme son homonyme chez Grass, il trimballe avec lui un tambour. Il ne veut pas non plus grandir, ce serait faire son deuil, définitivement. Impossible, il n’a pas pu décrocher le téléphone, il doit savoir comment est mort son père. Une clef trouvée dans un vase, et un nom, Black, le lancent sur une piste. Tous les samedi il s’aventure dans New York à la recherche de tous les Black qui y habitent pour leur demander des renseignements sur cette clef. Il rencontre des gens merveilleux, 1000 dollars, mais sans jamais déboucher sur un indice tangible, semelles de plomb. Extrêmement fort est la tristesse, la perte d’un père, ou celle d’un fils, incroyablement près est l’espace dérisoire qu’occupe le silence, entre les mots que l’on cache et le cœur qui palpite de honte et d’amour. C'est certainement l'un des livres les plus bouleversant que j'ai pu lire.