Conseils de lecture

Le roman de Jim
19,00
par (Libraire)
10 juin 2021

Paternités

Ce roman est extrêmement touchant et aborde avec une belle fragilité et une grande sensibilité les qualités de la paternité. L'air de rien, une connivence est instaurée, la relation devient essentielle, riche de partages quotidiens, d'apprentissages réciproques. Au contact de Jim, l'existence jusqu'alors chaotique d'Aymeric se stabilise et s'adoucit... jusqu'au départ et la dévastation intérieure, le ravage des mensonges. Ce roman est simplement beau, troublant et poignant.


Le cerf-volant
18,50
par (Libraire)
6 juin 2021

Embrasser les épreuves et continuer à avancer

Ce roman puissant et généreux confirme tout le talent de Lætitia Colombani. L'éducation, le don de soi et l'altruisme, l'émancipation des femmes et leur liberté primordiale sont au cœur de ce roman indien.

Nulle obligation d'avoir lu "La tresse" pour aborder "Le cerf-volant", le troisième roman de l'auteure. Mais pour le plaisir de découvrir et de s'imprégner de son univers romanesque, en incluant "Les victorieuses", je vous convie instamment à le faire. Lætitia Colombani a un talent inouï de raconteuse d'histoires d'un roman à l'autre, toujours à surprendre le lecteur, à le guider dans un monde qui lui est propre, à réfléchir et à aborder des thèmes qui lui sont chers : l'alphabétisation, l'accès à la connaissance, le don de soi, la liberté des femmes, leur émancipation et leur indépendance face à la violence, aux abus et à la maltraitance. Dans chacun de ses romans, elle offre de magnifiques et de précieuses rencontres humaines. Ses personnages de femmes sont investis de droiture, d'intégrité et luttent pour leurs droits. Elles sont déterminées dans leur combat, face à l'adversité. Elles avancent, ne baissent pas les bras malgré les doutes, les obstacles, les chutes et les douleurs. Léna est l'une d'elle, meurtrie, à la douleur invisible et profonde mais dotée d'une énergie et d'une volonté tenaces face à l'asservissement, aux conditions inhumaines réservées aux fillettes, aux jeunes filles et aux femmes en Inde. Elle donne son savoir et ses compétences d'enseignement sans naïveté mais décidée, offrant un petit pas contre l'ignorance, le mépris et les traditions lourdement ancrées. Preeti, cheffe de la Red Brigade du village de Mahäbalipuram enseigne les techniques de l'auto-défense, l'art de neutraliser son agresseur puisque en Inde "le viol est un sport national". Deux rencontres, deux parcours de femmes insoumises et déterminées dans ce pays chaotique, en perpétuelle ébullition. L'instruction, l'accès au savoir est le fondement de leur indépendance, l'essence même de l'existence.


Effacer les hommes
18,90
par (Libraire)
20 mai 2021

Héritages et manipulations

Jean-Christophe Tixier a le remarquable talent de composer des ambiances feutrées et oppressantes révélant des relations délétères et des secrets longuement étouffés. Une vallée qui vit au rythme d'un barrage hydraulique, poumon économique majeur déterminant la fortune des uns et l'infortune des autres. Lorsque le barrage est vidé, les souvenirs et les rancœurs se déversent et l'étau se resserre inexorablement. Qui est derrière cette formidable manipulation?


Le Serpent majuscule, Roman
20,90
par (Libraire)
20 mai 2021

Affreusement drôle

Un roman noir d'une férocité implacable, impitoyable, écrit en 1985, jamais édité à ce jour. Un roman aussi féroce que jubilatoire avec des dialogues dignes d'un film de Michel Audiard. Ça grince beaucoup, ça mord, ça pétarade un peu dans cette ambiance des années 80 où circule encore une Ami 6, où l'on doit se rendre dans une cabine téléphonique pour y faire ce que l'on doit faire et suivre les ordres de mission. Climat charmant de vengeance et d'amnésie. Les personnages sont-ils atteints de la maladie d'Alzheimer ou bien préfèrent-ils ne pas trop se souvenir pour opérer radicalement et mener à bien leurs missions? Précipitez-vous c'est affreusement drôle!


Flaubert
10,90
par (Libraire)
15 mai 2021

Flaubert séculaire !

On connaissait Flaubert-le-régulier, moine de l'écriture, retiré dans la demeure familiale du Croisset, consacrant ses heures du jour et de la nuit à la littérature, traquant l'Art et le Beau comme d'autres cherchent à atteindre le divin dans quelque cellule monacale. Michel Winock ne manque pas de nous le rappeler. Et c'est une belle entreprise que d'avoir confié à ce grand historien la biographie du "Grand Flau" parue dans la remarquable collection "Biographies Gallimard" où elle côtoie désormais les biographies de "Céline" par Henri Godard et de "Montaigne" par Mireille Huchon, pour ne citer qu'elles.
Sous l'oeil de l'historien, c'est aussi un autre Flaubert qui se révèle et nous est dévoilé : Flaubert-le-séculier, homme du siècle, homme de son siècle, homme traversant et traversé par son siècle. Une traversée qui se fait en compagnie permanente de ses contemporains : étrange paradoxe pour celui qui voit son propre reflet dans le portrait d'un ours ! La compagnie de sa famille d'abord, qui l'aime et qu'il aime : sa soeur avec qui il partage tant et dont la mort l'affectera tant, sa mère qu'il accompagnera jusqu'au bout de sa vieillesse, sa nièce Caroline qu'il soutiendra jusqu'à se ruiner. La compagnie de ses amis ensuite : Louis Bouilhet, le plus fidèle d'entre tous, pour qui il remuera ciel et terre, les frères Goncourt avec qui il partage de mémorables soirées, Tourgueniev avec qui il aime s'entretenir longuement, George Sand, devenue l'indéfectible amie alors que tout devrait les opposer...Et tous le réclament, car Gustave est un formidable bout-en-train qui réjouit ses proches par sa drôlerie, ses calembours, sa joie du déguisement ! L'amitié comme un art de vivre. La compagnie est aussi celle d'un siècle convulsif : né en 1821 et mort en 1880, Flaubert connaîtra les Révolutions de 1830, 1848 et 1870, l'invasion de la France par la Prusse, la Commune de Paris, le Second empire et la naissance de la troisième République !
Grâce soit rendue à Michel Winock de nous montrer à quel point Flaubert, le "moine" de Croisset, loin d'être isolé du monde, est traversé par ces bouleversements historiques et politiques. Flaubert les vit intensément : sa volumineuse correspondance en témoigne. Ses actes aussi : il ira jusqu'à prendre les armes (il a alors cinquante ans !) pour "chasser" les Prussiens ! Mais plus encore : la biographie de Michel Winock nous ouvre un nouveau regard, une nouvelle lecture, un nouvel horizon sur l'oeuvre de Flaubert dans laquelle transpirent ces soubresauts de l'Histoire. Ainsi, les formidables et très éclairantes pages que le biographe consacre à "L'éducation sentimentale", roman paru en 1869, portrait d'une génération et d'une époque, portrait de son temps. Roman souvent mal-aimé, Michel Winock en offre une magnifique réhabilitation et une nouvelle compréhension.
Flaubert-le-régulier, Flaubert-le-séculier devenu Flaubert séculaire, marquant à jamais la littérature, l'art du roman et tant d'auteurs après lui comme le soulignent si bien "Esquisse de portrait", chapitre clôturant la biographie et le "Florilège" en fin de volume. Michel Winock n'aura pas manqué entre temps de nous faire partager les amours, les voyages, les paradoxes de l'homme et son admiration pour Victor Hugo !
Nous n'oserons pas dire de cette biographie qu'elle est monumentale, car nous craindrions d'inévitablement nous retrouver dans le "Dictionnaire des idées reçues" à l'hypothétique article "Biographie : toujours monumentale". Ce que Michel Winock nous offre sans doute de plus beau, c'est de nous faire entrer dans la compagnie de Flaubert, tant et si bien que nous ne nous étonnerions (presque) pas de recevoir l'une de ses lettres nous donnant enfin, depuis tout ce temps, de ses nouvelles...