Annie Ernaux, écrire la vie

Annie Ernaux, écrire la vie

Depuis la parution des "Armoires vides" (1974), Annie Ernaux construit une œuvre de l'intime et de l'universel mêlés, une écriture de soi "porteuse de la vie des autres", comme elle l'écrit dans "Journal du dehors" (1993). Cette oeuvre qui "n'est pas une biographie, ni un roman naturellement, peut-être quelque chose entre la littérature, la sociologie et l'histoire" écrit-elle dans "Une femme" (1987) marque de sa singularité et de sa force, de sa justesse à atteindre le réel, à "écrire la vie".
La parution de "Mémoire de fille" (2016) apparait comme l'accomplissement de cette oeuvre où l'écriture et la mémoire font corps, donne à lire et à entendre sous un jour nouveau un corpus déjà considérable.
Betty Duval-Hubert et Manuel Hirbec, librairie la buissonnière.

THE YEARS

Ernaux Annie

Fitzcarraldo editions

18,80

MEMOIRE DE FILLE

Ernaux Annie

Gallimard


Mémoire de fille
6,80

«J’ai voulu l’oublier cette fille. L’oublier vraiment, c’est-à-dire ne plus avoir envie d’écrire sur elle. Ne plus penser que je dois écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari. Je n’y suis jamais parvenue.» Annie Ernaux replonge dans l’été 1958, celui de sa première nuit avec un homme, à la colonie de S dans l’Orne. Nuit dont l’onde de choc s’est propagée violemment dans son corps et sur son existence durant deux années. S’appuyant sur des images indélébiles de sa mémoire, des photos et des lettres écrites à ses amies, elle interroge cette fille qu’elle a été dans un va-et-vient entre hier et aujourd’hui.
«Un livre d’une précision et d’une puissance fascinantes, qui restitue au plus près les sensations physiques et les émotions d’une adolescente de cette époque.» Raphaëlle Leyris, Le Monde des livres.


Journal du dehors
5,60

«De 1985 à 1992, j'ai transcrit des scènes, des paroles, saisies dans le R.E.R., les hypermarchés, le centre commercial de la Ville Nouvelle, où je vis.Il me semble que je voulais ainsi retenir quelque chose de l'époque et des gens qu'on croise juste une fois, dont l'existence nous traverse en déclenchant du trouble, de la colère ou de la douleur.»Annie Ernaux.


La place
5,60

«Enfant, quand je m'efforçais de m'exprimer dans un langage châtié, j'avais l'impression de me jeter dans le vide.Une de mes frayeurs imaginaires, avoir un père instituteur qui m'aurait obligée à bien parler sans arrêt en détachant les mots. On parlait avec toute la bouche.Puisque la maîtresse me "reprenait", plus tard j'ai voulu reprendre mon père, lui annoncer que "se parterrer" ou "quart moins d'onze heures" n'existaient pas. Il est entré dans une violente colère. Une autre fois : "Comment voulez-vous que je ne me fasse pas reprendre, si vous parlez mal tout le temps !" Je pleurais. Il était malheureux. Tout ce qui touche au langage est dans mon souvenir motif de rancœur et de chicanes douloureuses, bien plus que l'argent.»