claudialucia

http://claudialucia-malibrairie.blogspot.fr/

Depuis mon apprentissage de la lecture, les livres ont toujours tenu dans ma vie une place immense. J'ai ouvert ce blog intitulé Ma librairie pour garder le souvenir de toutes ces lectures, des émotions ressenties, des récits, des mots et des phrases qui m'ont marquée.
Le titre de mon blog est un hommage à Michel de Montaigne qui aimait à se retirer dans sa librairie (au XVIème siècle le mot a le sens de bibliothèque), au milieu de ses livres.
La librairie de Montaigne était située au troisième étage d’une tour de son château qui figure dans mon logo. Là, il lisait, méditait, écrivait. Là, il rédigea Les Essais.
Pour moi, comme pour lui, les livres : “C’est la meilleure des munitions que j’aie trouvée en cet humain voyage”.

Les carnets retrouvés
3 novembre 2010

Les carnets retrouvés de Dang Thuy Trâm aux éditions Picquier

"Les carnets retrouvés", journal intime de la jeune Vietnamienne Dang Thuy Trâm dans les années 68-70, ont connu une histoire extraordinaire qui nous étonne avant même d’en avoir lu le contenu.

Retrouvés par un américain chargé de brûler les papiers saisis pendant les combats, ils ont échappé à la destruction et ont été envoyés en 2005 à la famille de Thuy. Publiés, ces carnets ont fait de Thuy une héroïne nationale à la manière d’Anne Franck. Ils sont lus et étudiés dans les écoles vietnamiennes par une jeunesse qui s’identifie à la jeune fille et apprend à lire l’histoire de son pays non plus officiellement mais par l’intervention de l’humain, avec empathie..

Traduits en français et publiés chez Picquier pour la rentrée littéraire 2010, ces carnets nous plongent dans un passé tragique, la guerre d’indépendance du Vietnam contre les américains. Et surtout, ils nous font découvrir une adorable jeune fille courageuse et fragile, idéaliste et romantique, pourtant efficace et pragmatique dans l’exercice de son métier, prise dans la tourmente des combats, affrontant à chaque instant la peur et la mort. Les premiers cahiers ayant été perdus, nous suivons Thuy du mois d’Avril 1968 au mois de Juin 1970, date à laquelle elle a été tuée d’une balle dans la tête par un détachement américain.

"Qui suis-je? une jeune fille dont le coeur déborde d’émotion mais dont l’esprit n’hésite jamais devant une situation compliquée et dangereuse."

Dang Thuy Trâm est une jeune fille d’un milieu bourgeois qui a eu une enfance protégée et choyée, à l’abri de la guerre, dans le Nord du Vietnam. Mais les souffrances que connaît le sud de son pays occupé par les Américains pour acquérir son indépendance la touchent. Communiste, engagement qu’elle vit comme un très beau et très noble idéal, elle pense que son devoir est de partir aider son peuple. Ce qu’elle fait après avoir obtenu son diplôme de médecin. Elle va alors connaître une vie itinérante dans un hôpital situé dans les montagnes du centre du Vietnam, opérant, sous les bombes, avec des moyens de fortune, les soldats blessés, déménageant sans cesse pour échapper au repérage de l’armée américaine, parcourant les sentiers montagneux pour aller soigner les malades sur place et tout ceci au péril de sa vie.

"J’ai opéré une appendicite dans des conditions désastreuses. Je n’avais que quelques flacons d’anesthésique mais le jeune soldat blessé ne s’est jamais plaint. Il souriait même pour m’encourager."

Si Thuy est prête à mourir pour son pays, si elle est animée devant chacun des morts qu’elle chérit par des sentiments de haine envers l’envahisseur et si elle a foi en son parti, il n’y a jamais en elle ni dogmatisme, ni fanatisme. Le communisme lui apparaît comme un moyen à l’échelle du pays de rendre le peuple heureux et à titre personnel comme un but à atteindre pour se perfectionner, lutter contre son égoïsme, penser aux autres, leur venir en aide. Elle pense que l’autocritique exigée par le parti doit permettre de combattre ses propres défauts; elle n’en voit pas le danger. Parfois, elle s’insurge contre ceux qui dans le parti lui reprochent d’être bourgeoise :

"J’ai peut-être des sentiments de petite bourgeoise mais je n’en ai pas le comportement malgré ce que certains prétendent."

C’est donc un beau portrait de femme qui se dessine à travers ce journal intime, entière, animée d’un désir de pureté, exigeante envers elle-même, fière et indépendante. Mais c’est aussi et c’est ce qui est extrêmement touchant, le portrait d’une jeune fille comme les autres qui souffre d’avoir été trahie par son amoureux, qui rêve d’une vie paisible, qui parle des ses soupirants qu’elles considèrent comme ses petits frères, qui est en quête d’approbation, d’encouragement car elle doute d’elle-même, s’interroge sur la vie et qui, souvent, se parle à elle-même pour s’exhorter au courage, pour devenir meilleure :

"Pourquoi es-tu toujours si triste, Thuy?"
"Ne pleure pas Thuy, reste calme et maîtresse de toi-même..."

Enfin, parfois dans la peur et la douleur elle devient une toute petite fille qui a besoin de sa maman, à qui sa famille manque terriblement :

"Aujourd’hui c’est mon anniversaire et le bruit des salves répétés de l’ennemi résonne partout… Soudain je me souviens des jours paisibles dans le nord, du soleil en hiver, la douce chaleur d’une grande joie, papa et maman m’offraient des fleurs, on organisait une fête, les amis venaient me féliciter."

Avec ce journal intime nous parcourons donc avec cette belle jeune fille un moment de ce chemin qui l’amène à la mort. Autour d’elle, apparaissent de nombreux personnages attachants, emportés par la guerre. Le tout est rythmé par les explosions, les bombardements, les corps déchiquetés, la nature saccagée, la fuite devant une patrouille américaine qui ne vous rate que de peu, les traques incessantes, les caches pratiquées à même le sol où l’on baigne jusqu’au cou dans une eau glaciale en attendant le départ de l’ennemi qui marche sur votre tête sans le savoir. Un livre plein d’émotions et qui peint mieux que tout l’horreur de la guerre!

Indignation, Traduit de l'anglais (États-Unis) par Marie-Claire Pasquier

Traduit de l'anglais (États-Unis) par Marie-Claire Pasquier

Gallimard

19,00
23 octobre 2010

Indignation de Philip Roth

Dans "Indignation" Philip Roth signe un livre rempli d'émotion, de fureur rentrée, de révolte réprimée, sentiments à l'image de son jeune héros, le trop gentil et trop honnête Marcus Messner.

"Indignation" est, en effet, un roman dont le titre reflète le ton même du récit. Indignation du jeune homme fougueux, entier, idéaliste mais peu adapté à une société hypocrite où règne le faux-semblant des bonnes moeurs et des apparences; indignation de l'écrivain qui dénonce une société qui envoie ses enfants se faire tuer sur le front de Corée s'ils ne satisfont pas à ce que l'on attend d'eux.

Marcus Messner, fils de boucher, a dix-neuf ans quand il décide de quitter le cocon familial dans le New Jersey et de poursuivre ses études au Winnesburg Collège, dans l'Ohio. Nous sommes dans les années 50, encore marquées par les morts de la guerre de 40-45, ce qui explique peut-être la paranoïa que développe le père du jeune homme à son sujet, une peur si violente et maladive que Marcus n'a que cette échappatoire, partir! il veut être indépendant et grâce à son intelligence et un travail assidu il veut réussir dans la vie. Etudiant brillant, il va vite déchanter pourtant dans cette université où on l'oblige à suivre des études religieuses chrétiennes alors qu'il est de famille juive et qui plus est -c'est ce qui lui sera d'ailleurs le plus reproché- profondément athée. Le jeune homme va vite s'apercevoir qu'il n'est pas libre d'avoir des idées, des convictions ni même une vie privée, y compris sexuelle. Or, Marcus sait que, s'il échoue dans ses études, il sera renvoyé de l'université et devra partir mourir en Corée.

La force de ce roman est là, figurée par cette épée de Damoclès prête à s'abattre sur celui qui n'est pas conforme. La rencontre de Marcus avec le doyen illustre avec une violence presque caricaturale cette violation de la conscience, cette incroyable atteinte à la vie privée, Marcus vomissant au sens propre comme au sens figuré dans le bureau du doyen. Je dis caricaturale car le lecteur a peine à croire qu'une telle intrusion dans l'intimité puisse être possible. Mais je me souviens avoir "assisté" à une scène semblable, côté filles, dans le roman de Joyce Carol Oates : "Je vous emmène" et ceci au début des années soixante. II est vrai aussi qu'il faut se replacer dans une époque où les jeunes n'ont aucune liberté sexuelle; il faut savoir aussi qu'en quittant le New Jersey, Marcus arrive dans un état rétrograde, l'Ohio, sous l'emprise de la religion qui s'exerce par la répression, traditionaliste au sens de manque d'ouverture, où les préjugés raciaux s'expriment par des insultes, par des ségrégations au sein même des fraternités.
L'inégalité sociale est aussi très présente dans "Indignation" et l'on se demande si le doyen aurait pu exercer une telle pression sur un fils de famille riche. Marcus est fils de boucher kasher. Il combine donc deux handicaps aux yeux de cette classe dominante : pauvre et juif! Pourtant c'est grâce à son père - un beau personnage- avec qui il a appris à travailler dans la boucherie, qu'il possède des qualités morales et des principes : l'amour du travail bien fait, ne pas avoir honte de ses origines, savoir que nous sommes responsables du moindre de nos actes et tenons en main notre propre destin. En un mot, l'honnêteté! Et paradoxalement c'est cette honnêteté qui le perdra.

On voit que le roman est très pessimiste. Une sorte de fatalité pèse sur le héros. Lorsqu'il tombe amoureux, c'est d'une fille si terriblement abimée par son père, qu'elle ne peut que l'entraîner vers le malheur. La boucherie kasher et les abattoirs où Marcus a travaillé sont comme la métaphore de sa vie et préfigurent l'horreur des massacres en Corée, le sang versé dans toute guerre.

Philippe Roth ajoute à la fin du roman une note historique plus optimiste. Il explique comment les contestations de 68 ont provoqué des bouleversement dans l'université, une libéralisation, l'obligation d'assister à l'office étant abolie. Pourtant, Philippe Roth écrivant sur le passé, nous rappelle un présent très proche de nous. Que la guerre soit celle de Corée, que l'action se déroule dans les années 1950 et non maintenant n'empêchent pas que le propos soit très contemporain. La guerre en Irak, où sont allés mourir ces jeunes gens des classes populaires qui voulaient gagner de quoi payer leurs études, en est bien la preuve!

Galadio, roman

roman

Gallimard

15,75
21 octobre 2010

Didier Daeninckx : Galadio gallimard

Pour son roman Galadio, Didier Daeninckx se tourne vers l'histoire allemande à l'époque du nazisme et s'intéresse au sort fait aux enfants noirs dans les années Trente. Ulrich est né d'un père noir, sénégalais, militaire français envoyé à Duisbourg après le traité de 1918 et d'une mère allemande mise au ban de la société à cause de cette union. Il a vécu jusqu'à son adolescence en Allemagne, s'efforçant de s'intégrer et sans trop souffrir de discrimination. Son nom secret, c'est Galadio, le prénom de son oncle, frère bien-aimé de son père.

Ce dernier a été rappelé en France avant la naissance de Galadio qu'il ne connaît pas.
Mais voilà qu'avec les nouvelles lois de 1930, Galadio se voit interdit l'accès de la piscine puis de son club de football. Peu à peu les menaces qui pèsent sur lui mais aussi sur les juifs se précisent. Le jeune garçon assiste aux exactions commises contre les juifs et en souffre d'autant plus qu'elles atteignent sa petite amie Déborah. Un jour, on vient le chercher pour l'amener dans un hôpital où sont accueillis, entre autres, des malades handicapés que l'on ne revoit jamais. Que va devenir Galadio? C'est ce que nous conte Daeninckx au cours d'un récit qui va durer des années et entraînera l'enfant, puis le jeune homme, dans les coulisses du cinéma nazi, en Afrique sénégalaise et dans l'armée française où il s'engagera pour lutter contre le nazisme.

Galadio est un roman qui se lit d'une traite. Intéressant, on n'a pas envie de le quitter avant de l'avoir terminé. Les faits qu'il relate sont si terribles, la destinée de l'enfant si extraordinaire que l'on est subjugué par ce récit historique très documenté qui raconte des faits, hélas, véridiques. Certains passages ont beaucoup de force, par exemple la mise à mort des animaux appartenant aux juifs, la stérilisation des jeunes noirs à l'hôpital, le tournage de films de propagande nazie où Galadio et ses amis jouent les "sauvages" primitifs et dénudés. L'auteur utilise le présent de narration qui convient très bien à un récit court, vif, qui ne s'attarde pas en chemin, qui montre les actes sans chercher à les analyser. Pas de pathos. Les faits dans leur sècheresse. On peut dire que son pari est réussi.

Mais d'où vient alors que je suis restée sur ma faim? C'est que le parti pris de l'auteur conviendrait mieux, il me semble, à une plongée dans un moment précis et court de l'Histoire et non à une narration qui s'étend sur des années et sur plusieurs pays. Du coup, j'aimerais en savoir plus sur les personnages qui sont parfois à peine esquissés, sur les pays traversés en temps de guerre que l'on ne fait qu'apercevoir. J'aimerais que certains épisodes soient plus développés. Le roman a la taille d'une nouvelle mais l'étoffe d'un long roman et c'est ce qui me gêne.

Le testament d'Olympe
21 septembre 2010

Chantal Thomas : Le testament d'Olympe Le Seuil

Dans "Le testament d'Olympe", Chantal Thomas a choisi de nous faire évoluer dans un XVIIIème siècle situé hors des Lumières, dans un univers obscurantiste et rigide où la foi mène à la mortification du corps comme dans la famille d'Apolline où le père et la mère sont capables de se priver de manger pour être plus près de la Divinité.

Dans la Sphère des Grands, on ne doit pas prononcer le nom de Voltaire, "ce fléau de la France". Et lorsque, enfin, il est question de Rousseau chez Madame de V. où Apolline est préceptrice des enfants, ce n'est pas du "Contrat Social" dont il est question mais de la lecture de "La Nouvelle Héloïse", dont le moins que l'on puisse dire, c'est que Chantal Thomas-Appoline ne l'aime pas!

"J'entendais déjà la musique funèbre des phrases qu'il allait falloir lui administrer"

Rousseau donc comme un médicament, un poison ! "Si l'amour ne se fait sentir que par la souffrance, pourquoi est-ce un état si convoité?" s'insurge Apolline.

C'est ainsi que Chantal Thomas, spécialiste du XVIIIème siècle, auteur de "Adieux à la Reine", prix Fémina 2002, réinvestit l'époque de Louis XV pour raconter l'histoire de deux soeurs, Apolline et Ursule, qui vivent à Bordeaux.
La première partie à la première personne laisse la parole à Apolline qui raconte sa vie d'enfant pauvre, entourée de ses soeurs, dans une famille dévote, ruinée par un père qui considère le travail comme une "malédiction originelle " :

"Il fallait être bien prétentieux par rapport au pouvoir de la Nature pour oser se targuer d'en obtenir davantage que ce qu'elle nous offrait, et bien méfiant par rapport à Dieu pour ne pas s'en remettre dans l'insouciance, à son Parfait Amour "

Au nom de cette dévotion poussée à l'extrême, les enfants ont toujours faim et si Apolline qui aime son père se résigne, la fille aînée, Ursule, à l'esprit rebelle, s'insurge et s'enfuit de chez elle. Apolline apprendra que le nom de sa soeur préférée ne doit plus être prononcé devant ses parents. Elle-même est envoyée au couvent de Notre-Dame- de-Miséricorde pour y être éduquée. L'amitié de Mathilde Terville lui permet de survivre malgré les rigueurs de la vie monastique à laquelle elle s'habitue. Pourtant, au moment du choix elle refuse de prendre le voile.. Commence le début d'une aventure qui va l'amener à Paris où elle retrouve sa soeur Ursule rebaptisée Olympe; celle-ci avant de mourir lui livre ses carnets où elle a écrit son histoire. C'est le testament d'Olympe, qui formera la seconde partie.

Ursule-Olympe, après avoir fui la maison paternelle, par horreur de la pauvreté et de la piété paternelle a décidé monnayer sa beauté et sa virginité chèrement! Ceci l'amène dans la sphère du Maréchal-Duc, Richelieu, le petit-neveu du célèbre cardinal; celui-ci, un noble débauché, grand seigneur cruel et imprévisible, joue de lettres de cachet pour envoyer ceux qui lui déplaisent à la Bastille et se fait le rabatteur de jeunes Vierges pour le Roi. Dans cette société libertine et sans scrupules, la jeune fille va atteindre le sommet et se croire puissante. Sentiment illusoire dans un monde où tout peut être défait par un simple caprice des Grands. La chute n'en sera que plus grande!

Le changement de style et de ton entre le récit d'Apolline qui nous emprisonne au fond d'un couvent et celui d'Olympe qui nous fait visiter les alcôves du roi est très réussi. Et si l'histoire d'Apolline finit trop comme un conte de fées, ce qui me paraît être une faiblesse du récit, ne chipotons pas sur notre plaisir car le roman présente une époque haute en couleurs, mouvementée, pleine de contrastes et de contradictions!
Belle description, par exemple, de l'éducation des filles dans le couvent de Notre-Dame de la Miséricorde, des conditions de vie des pensionnaires qui meurent en grand nombre, de l'inégalité de traitement entre les filles riches et les autres reléguées au grenier, vie conventuelle dominée par le portrait de la terrible et hystérique "Mère Lamproie", la supérieure. Tout est contraire aux principes chrétiens dans ce couvent et d'une manière générale, il ne fait pas bon être être enfant à l'époque d' "Emile". Les fillettes sont mises au couvent dès l'âge de cinq ans et ne revoient plus jamais leurs parents, d'autres encore dans l'enfance sont "épousées" par des vieillards, Mathilde et son frère sont battus par leur père. Quant à la condition de la femme, elle est tout aussi noire : Une maîtresse peut être jetée une fois consommée, une femme mariée est sous le joug de son mari dont elle subit humiliations ou violences comme madame de V.

Le thème de la mort est aussi omniprésent dans le roman à une période "où la frontière entre la mort et la vie était mince, sans doute illusoire". Apolline apprend à lire en épelant les noms sur les tombeaux de ses frères et soeurs morts en bas âge. A la cour le roi se vautre dans la luxure pendant que sa fille se mortifie pour le pardon des péchés de son père ! Chantal Thomas peint "un roi taraudé par l'idée du péché et la menace de l'Enfer" rêvant "de s'amender, d'obtenir l'absolution". L'Eglise règne par la peur et la menace de la Damnation.

C'est ainsi qu'à travers le portrait de ces deux soeurs, Chantal Thomas brosse un tableau de la France déchirée par les injustices et la misère, en proie aux superstitions et à la peur, une France qui ne cesse de s'enfoncer de plus en plus dans la tourmente, malmenée comme un navire sans pilote.

Tu ne m'attraperas pas, Traduit de l'anglais par Sylviane Lamoine

Traduit de l'anglais par Sylviane Lamoine

Belfond

15 septembre 2010

Jennifer McMahon : Tu ne m'attraperas pas Editions Belfont

Le livre de Jennifer Mc Mahon aux éditions Belfond a pour titre français "Tu ne m'attraperas pas". C'est la phrase leit-motiv du roman, c'est l'appel que lançait Del à son amie Kate lorsqu'elles étaient enfants, c'est le souvenir de leur amitié, de leurs courses d'enfants dans la nature, avant que Del ne soit assassinée. C'est aussi aussi le cri que Kate entendra par une nuit glaciale de Novembre, trente deux ans après la mort de Del!

Mais le titre anglais "Promise not to tell" est tout aussi explicite. Kate avait promis de ne pas révéler le secret de Del. Pourtant, elle l'a fait! Et parce qu'elle a trahi sa meilleure amie, elle n'a jamais pu se pardonner ce qui est arrivé!

Le roman se déroule sur deux périodes parallèles, Novembre 70 et Novembre 2002. Entre ce laps de temps, deux assassinats, celui de deux adolescentes, Dell et Tori. La mort violente de Tori en 2002, si longtemps après celle de Del réveille le fantôme du passé et fait revivre aux habitants de cette petite ville du Vermont le drame qu'ils avaient vécu. La narratrice, Kate, explore les deux périodes et, à travers ses souvenirs qui naviguent entre présent et passé, nous entrons au coeur de l'histoire, à la recherche de l'assassin mais aussi des secrets enfouis dans le coeur de chacun.

Le roman est un thriller et il en observe les codes : L'amie de Tori, Opal, une fillette de douze ans qui vit dans un village hippie avec quelques membres nostalgiques de l'ancienne communauté des années 70, ressemble étrangement à Del. Ne serait-ce pas elle que le meurtrier a voulu atteindre lorsqu'il a tué Tori alors que cette dernière portait le blouson d'Opal? Pourquoi l'assassin a-t-il reproduit avec exactitude le rituel de l'autre crime? Pourquoi a-t-il attendu si longtemps avant de frapper à nouveau? Kate parviendra-t-elle à protéger Opal? L'auteur sait maintenir jusqu'à la fin un suspense assez efficace. J'ai moins aimé l'introduction du surnaturel qui nous est imposé comme une réalité. J'aurai préféré que l'auteur nous laisse le doute et le choix d'interpréter.

"Tu ne m'attraperas pas" est aussi et surtout l'histoire d'une amitié entre deux filles marginales que les autres écoliers tiennent à distance. C'est le thème du roman que j'ai préféré. Kate habite New Hope, le village hippie à l'écart de la ville. Nous sommes dans les années 70 et Kate est venue vivre avec sa mère et l'amant de celle-ci dans un tipi indien sans eau et sans électricité. L'autre Del, vit avec ses frères et un père violent qui la maltraite; elle est sale et mal habillée. Les autres enfants la surnomment Patate Pourrie.. de quoi être tout à fait heureuse dans la vie! Mais Del a un sacré caractère et une imagination qui lui tient lieu de tout!
Les personnages sont analysés avec justesse et précision. Jennifer Mc Mahon décrit leurs sentiments complexes, l'ascendant que Del exerce sur Kate, l'attrait-répulsion qui les lie. Elle montre combien l'investissement d'un monde imaginaire permet à l'enfant d'échapper à la réalité quand celle-ci devient insupportable. Elle dévoile aussi la vision qu'ils ont des adultes.
L'enfance et le début de l'adolescence sont bien observés et dépeints : la cruauté des enfants entre eux, leur conformisme qui les fait à rejeter tous ceux qui sont différents d'eux, l'instinct grégaire, ce désir d'appartenance au groupe qui pousse Kate à trahir Del pour obtenir la reconnaissance des autres, l'éveil à l'amour entre Del et Mike le Muet, dont l'infirmité éloigne les autres.
C'est cette analyse psychologique et sociale qui me paraît la plus intéressante.