claudialucia

http://claudialucia-malibrairie.blogspot.fr/

Depuis mon apprentissage de la lecture, les livres ont toujours tenu dans ma vie une place immense. J'ai ouvert ce blog intitulé Ma librairie pour garder le souvenir de toutes ces lectures, des émotions ressenties, des récits, des mots et des phrases qui m'ont marquée.
Le titre de mon blog est un hommage à Michel de Montaigne qui aimait à se retirer dans sa librairie (au XVIème siècle le mot a le sens de bibliothèque), au milieu de ses livres.
La librairie de Montaigne était située au troisième étage d’une tour de son château qui figure dans mon logo. Là, il lisait, méditait, écrivait. Là, il rédigea Les Essais.
Pour moi, comme pour lui, les livres : “C’est la meilleure des munitions que j’aie trouvée en cet humain voyage”.

On la trouvait plutôt jolie
21,90
31 janvier 2018

Michel Bussi On la trouvait plutôt jolie

Leyli Maal est émigré, d’origine béninoise, et vit dans une cité pauvre de Port de Bouc près de Marseille. Elle cherche à obtenir un appartement plus grand pour loger ses trois enfants Bamby, une très belle fille de 21 ans, Alpha, déjà un géant à l’âge de seize ans et le petit Tidiane, dix ans.
Mais Leyli Maal a un secret que  le lecteur ne découvrira qu’à la fin en se disant qu’il s’est fait mener en bateau par l’auteur. Personnellement, en effet, je ne m’étais doutée de rien ! Je me suis un peu perdue dans tout ce qui m’a été révélé sans être vraiment convaincue que c ‘était vraisemblable et que cela apportait quelque chose à l’intrigue.

Deux meurtres ont lieu coup sur coup dans un hôtel de rencontres minable. L’enquête est confiée au commandant Petra Velika et à son adjoint, le jeune Julo Florès. Ils  s’aperçoivent bien vite que les deux victimes sont tous deux des membres de Vogelzug, une association pour l’aide à l’immigration présidée par le très riche et très antipathique Jourdain Blanc-Martin. Très vite les soupçons se portent sur Bamby, la fille de Leyli. Je ne vous révèle rien, on le sait dès le début ! Et je ne raconte pas plus !

Le roman alterne entre l’histoire policière et les récits de Leyli qui retrace la misère et les malheurs qui ont été son lot depuis son enfance et son long, douloureux et périlleux voyage pour gagner la France,  pour obtenir ses papiers puis pour faire venir ses enfants.

Michel Bussi veut, dit-il, écrire un roman « humaniste » donc il ne détaille pas les problèmes économiques, sociaux, religieux et moraux que pose l'installation en France de migrants et il se défend d’avoir écrit un roman politique.
L’auteur parle avec générosité d’une question d’actualité qui lui tient à coeur :  l’accueil réservé aux immigrants en France, les lenteurs et les inepties de l’administration française pour statuer de leur sort, pour leur accorder des logements, le renvoi de ceux qui sont des migrants économiques alors que les migrants politiques peuvent rester . 

"Et ne viens pas me demander pourquoi on a le devoir d’accueillir un gars qui crève de peur chez lui et pas un gars qui crève de faim." 

Il s’attaque en particulier aux passeurs qui s’enrichissent sur le dos des hommes et des femmes qu’ils transportent dans des conditions inhumaines, au péril de leur vie et qu’ils abandonnent parfois à une mort certaine en pleine Méditerranée. Et l’on ne peut que s’indigner, comme l’auteur, contre ceux qui font le commerce d’êtres humains, ces nouveaux négriers qui ne sont pas arrêtés comme ils devraient l’être.

 Humaniste, idéaliste, certes. Malheureusement, le roman présente des aspects un peu trop démonstratifs et maladroits car pleins de contradictions. 

"Ceux qui traversent la terre entière ne sont pas des hordes affamés jetées sur les routes, ce sont les ambitieux, les inconscients, les bannis, les fous, les rêveurs, les libres."

Et c’est bien vrai pour Leyly ! L’on ne peut que la trouver sympathique, courageuse, un petit bout de femme que la vie a malmenée, qui n’a jamais baissé les bras et l’on voudrait que sa vie soit plus facile et qu’elle ait enfin droit au rêve mais.. l’on ne peut s’empêcher de penser que les hommes qui l’accompagnent, qui la violent ou la prostituent (elle et les autres femmes seules) pendant le voyage ne sont pas des gens que l’on a envie de recevoir en France. L’idéalisme a des limites !
D’autre part, je n’ai pas trouvé dans ce livre les personnages des migrants toujours convaincants ni vrais dans leur manière de parler, ni dans leur mentalité, ni dans leur culture qui m’a paru trop française alors que certains n’ont jamais vécu en France. Les dialogues sonnent souvent faux, trop léchés et trop littéraires.   Et puis, un gosse qui a abandonné ses études,  délinquant voire meurtrier, et qui déclame « Le cimetière marin » en braquant un yacht, vous y croyez, vous ?  Une fille de milieu pauvre qui change de vêtements ( avec quel argent ?) et d’identités pour chaque meurtre, capable de se faire passer pour une doctorante etc.. n’est pas très crédible, non plus. Et des grands-parents béninois installés au Maroc qui racontent la mythologie grecque à leur petit-fils sans rapport avec leur propre culture, c’est dommage !

Ceci dit le livre se lit bien car on a envie de comprendre l’histoire et d’apprendre le secret de Leyli mais il est loin d’emporter mon adhésion.

CHATANGRAM
16 janvier 2018

Chatangram

La particularité de ce livre Chatangram de Maranke Rinck et Martijn Van der Linden est qu’il contient un tangram, puzzle chinois qui consiste en sept pièces en carton, pour raconter une histoire. Seulement sept pièces, oui ! Mais c’est fou tout ce que l’on peut faire avec ! Le narrateur, un petit garçon, crée un chat, et puis un poisson pour le nourrir, une maison pour l’abriter, un chien qui le fait fuir, un crocodile pour faire fuir le chien et.. et.. Je ne vous raconte pas tout mais sachez que l’histoire ne finira que lorsque le narrateur deviendra lui aussi personnage du livre sous la forme d’un Tangram.
Les pièces assemblées du tangram laissent place chaque fois à une illustration qui parle à l’imagination de l’enfant.

Un génial petit bouquin qui mêle jeu et récit pour le plus grand plaisir des enfants et des grands ! Oui, j’y ai joué avec ma petite fille (7ans) qui a aimé suivre le récit tout en construisant les formes proposées (il y en a beaucoup, surtout pour les oiseaux) . Mais on peut continuer au-delà et chercher à créer d’autres personnages et une autre histoire.

BUCEPHALE
11 janvier 2018

Bucéphale de Pénélope Jossen

Bucéphale de Pénélope Jossen paru aux éditions L’école des Loisirs, raconte la rencontre du jeune Alexandre et du cheval Bucéphale. Une histoire adaptée aux enfants entre 5 et 7 ans d’après le récit de Plutarque, la Vie d’Alexandre et du Roman d’Alexandre de Pseudo-Callisthène.

Bucéphale acheté par le roi Philippe de Macédoine, le père d’Alexandre, est indomptable. Il n’accepte aucun cavalier sur son dos. Le jeune Alexandre s’aperçoit que le cheval a peur de son ombre. Il obtient la permission de le monter et place Bucéphale face au soleil de manière à ce qu’il ne voit plus son ombre. L’étalon rassuré laisse monter l’enfant sur son dos. C’est le début d’une longue histoire d’amour entre l’animal et son maître.

Le texte simple, direct, raconté au présent est facilement accessible aux jeunes enfants. Ceux qui adorent les chevaux se sentiront directement concernés. Les autres comme ma petite fille 71/2 ans ont besoin de plus d’explications. Est-ce que l’histoire est vraie ? Bucéphale a-t-il réellement existé ? Qui est Alexandre Le Grand ? J’avoue que j’avais prévue les questions sur Alexandre le Grand mais pas celles qui m’ont été posées :

Quand est mort Bucéphale ? Où ? Pourquoi ? Est-ce qu’il est mort avant Alexandre ou après ? Etait-il réellement gris comme dans le livre ?

Depuis j’ai réparé mes lacunes en me documentant mais j’ai aimé cette conversation intéressante, preuve que le livre fonctionne bien.
La discussion a aussi porté sur les qualités d’Alexandre, le courage, l’observation, la patience et sur les illustrations. Appoline les aime parce qu’elles sont vives et « cools ».

Quant à moi, la grand mère, j’aime beaucoup le format carré du livre et le contraste de ce fond jaune taché de rouge qui évoque le soleil de la Grèce, toujours présent dans l’image. Il contraste avec la couleur gris noir de Bucéphale. Les grandes étendues blanches sur lesquelles galopent Bucéphale et son cavalier semblent éclaboussées de lumière et en mouvement comme pour montrer l’avenir de celui qui conquerra une grande partie du monde. La silhouette du cheval qui se déploie sur deux pages me rappellent les dessins des grottes de Lascaux, un peu déformée par le support et qui vient d’un passé lointain. Le livre qui utilise ses couleurs primaires, crues, étincelantes, sort vraiment de l’ordinaire.

Quelques petits renseignements aux parents qui liraient ce billet ( et si vous voulez en savoir plus, allez lire le mémoire de Emilie Glanowsky)

Bucéphale : le mot vient du grec et signifie Tête de boeuf! Pourquoi. ? De nombreuses hyptohèses ont été émises. Je ne les retiens pas toutes ! :

Le cheval aurait une liste blanche sur le chanfrein qui aurait la forme d’une tête de boeuf.
Des cornes auraient poussé sur la tête du cheval marquant son origine magique et divine.

Il aurait été marqué au fer rouge, une marque en forme de tête de boeuf.

Le cheval était noir ou alezan selon deux sources contradictoires.

Bucéphale est mort en -326 a JC (date connue) pendant la bataille entre Alexandre et le rajah Poros et son armée d’éléphants, au bord de L’Hydaspe (Jhelum), sur le territoire actuel du Pakistan! Alexandre est mort en-323 a JC.

Le cheval aurait eu 30 ans à sa mort (sans certitude). Il aurait été blessé pendant la bataille mais Plutarque affirme que c’est surtout de vieillesse et d’épuisement qu’il est mort.
Le chagrin d’Alexandre a été immense, il a fait construire une ville sur l’emplacement du tombeau de son cheval : Alexandria Bucéphale. (aujourd’hui Phalia au Pakistan)

LES TROIS PETITS CASSE-PIEDS
6 janvier 2018

Les trois petits casse-pieds

Les trois petits casse-pieds, ce sont trois petit chats qui veulent absolument regarder des dessins animés à la télévision. Pour les en détourner leur grand-père leur propose de leur raconter une histoire. Mais pour les intéresser, il faudra qu'il se mette au goût du jour. Non, pas de petit chaperon rouge, pas de petits cochons ! Mais une histoire dans l'espace dont ils seront les héros quitte à corriger le papy quand il ne va pas dans leur sens.
Oui, mais quand l'histoire sera finie, vont-ils retourner à la télévision ? Vous le verrez mais sachez que le grand père a plus d'un tour dans son sac !
L'histoire s'adresse à des enfants de cinq ans. Ce livre n'est pas un coup de cœur pour moi mais les illustrations sont plaisantes et l'histoire sympathique. Son mérite est de montrer combien l'imagination a changé, le loup devient un monstre, les armes sont des sabres laser…
L'imagination a changé ? oui, et pourtant pas tant que ça car la structure du récit est toujours celle traditionnelle du conte.

Lusitania 1915, la dernière traversée
7 avril 2016

Lusitania 2015 La dernière traversée

Eric Larson raconte la dernière traversée du grand paquebot britannique Le Lusitania parti de New York le 5 mai 1915 pour gagner Liverpool. En arrivant dans les eaux classées zone de guerre par les allemands, il fut coulé en vue des côtes irlandaises par un U-Boote commandé par le Kapitänleutnant Walther Schwieger. Cet acte de guerre contre un bateau civil fut considéré comme une barbarie. Le navire disparut en dix-huit minutes. La moitié des passagers périt, soit 1198 personnes, parmi eux des ressortissants américains. Si cela contribua à envenimer les relations entre les Etats-Unis et l’Allemagne, il en fallut beaucoup plus au peuple américain et à son président Woodrow Wilson pour déclarer la guerre puisque les Etats-Unis ne rejoignirent le conflit que deux après.

Je me suis intéressée à ce récit historique pour lequel Eric Larson a bénéficié d’une riche documentation, s’appuyant sur les nombreux témoignages des rescapés, leurs journaux intimes, la correspondance qu’ils entretinrent avec leur famille après le naufrage, les carnets de bord du commandant du Lusitania Turner, et du sous-marin Schwierger, les archives de l’Amirauté britannique et les documents classés secrets de guerre aujourd’hui consultables.
Et bien sûr, tous ces documents ont le mérite de faire revivre les passagers du Lusitania à travers des témoignages pleins de vie, des anecdotes sur le déroulement du voyage, le déroulement de la vie à bord, les menus. Le récit, en particulier du torpillage, est d’une incroyable précision et la description du géant en train de sombrer entraînant des centaines de passagers dans le gouffre est hallucinante. L’auteur peut décrire les vêtements que portaient certains enfants le dernier jour du Lusitania parce qu’ils ont été trouvés sur les corps qui n’ont pas sombré ou qui sont venus s’échouer tout au long des côtes d’Irlande. Et c’est extrêmement émouvant. On s’attache à tous ceux qui ont une voix dans le récit et bien que l’on sache ce qui leur est advenu, on est tenu en haleine, dans l’attente du danger. Après la lecture, j’ai cherché à retrouver ces personnes dont certaines étaient célèbres à l’époque et j’ai éprouvé de la nostalgie à mettre un visage sur chacun. C’est ce que dit avoir éprouvé Eric Larson au cours de ses recherches, on ne peut pas vivre avec des fantômes pendant si longtemps sans finir par les aimer et c’est ce qu’il nous transmet.

Pourtant ce n’est pas sur le pathos que repose le récit. Celui-ci est nourri par le contexte historique qui nous permet de mieux connaître l’enjeu énorme entre les pays belligérants, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, pour la suprématie maritime. Le contrôle des mers est capital dans une guerre puisqu’il permet d’empêcher le ravitaillement, le réapprovisionnement en armes en maintenant le blockhaus.. Jusqu’alors la Grande-Bretagne avait été souveraine sur la mer mais l’Allemagne était devenue une rude concurrente.. C’est pourquoi les Britanniques font construire ce superbe et rapide navire Le Lusitania dont la vitesse était inégalée. Quant à l’Allemagne, elle va utiliser ses U-Boote, armes que la grande-Bretagne sous-estimait à l’époque. Les exploits des équipages des sous-marins allemands vont considérablement affaiblir l’Angleterre au point de risquer lui faire perdre la guerre. Nous voyons aussi le jeu trouble que l’Amirauté, avec à sa tête Winston Churchill, a joué face à ces attaques de navires sous pavillon neutre (américain) pendant la guerre. Alors que les services secrets britanniques suivaient à la trace le sous-marin du commandant Schweiger, le Lusitania ne fut pas détourné vers une route plus sûre, on ne lui envoya aucun destroyer pour le protéger, ce qui aurait certainement évité la tragédie. Pourquoi? Winston Churchill fut le premier à accuser le commandant Turner de négligence pour mieux cacher les impérities de l’Amirauté et surtout son dessein secret. Plus y aurait de navires neutres coulés, plus vite l’Amérique entrerait dans la guerre.
Un roman intéressant et bien documenté qui a le mérite de faire vivre l'Histoire.