claudialucia

http://claudialucia-malibrairie.blogspot.fr/

Depuis mon apprentissage de la lecture, les livres ont toujours tenu dans ma vie une place immense. J'ai ouvert ce blog intitulé Ma librairie pour garder le souvenir de toutes ces lectures, des émotions ressenties, des récits, des mots et des phrases qui m'ont marquée.
Le titre de mon blog est un hommage à Michel de Montaigne qui aimait à se retirer dans sa librairie (au XVIème siècle le mot a le sens de bibliothèque), au milieu de ses livres.
La librairie de Montaigne était située au troisième étage d’une tour de son château qui figure dans mon logo. Là, il lisait, méditait, écrivait. Là, il rédigea Les Essais.
Pour moi, comme pour lui, les livres : “C’est la meilleure des munitions que j’aie trouvée en cet humain voyage”.

Adieu Montaigne
14 octobre 2015

Adieu Montaigne

Encore un livre sur Montaigne, me direz-vous ! Et oui, en ce moment les essais sur Les Essais fleurissent. C’est d’ailleurs de ce constat que part Jean-Michel Delacomptée : « Notre époque déserte les livres mais se prend de passion pour Montaigne ». Mais il aboutit à ce paradoxe : « Cassandre malgré moi, me reprochant ce que je redoute, j’entends un chant du cygne dans cet enthousiasme ».
Ainsi Montaigne brillerait au firmament mais pour jeter ses derniers feux et les époques futures ne le connaîtraient plus !
La thèse est la suivante : notre société infatuée par ses réussites scientifiques ne regarde que vers le futur et cesse de se nourrir de culture, elle oublie de regarder en arrière « et ce faisant elle perd la mémoire » et ne saura plus « d’où elle vient ». Notre modernité nous amènerait vers un monde sans Montaigne, où l’on ne cultive que les chiffres et où nous manquerait un « supplément d’âme ». Ainsi la jeunesse lit de moins en moins et dans les lycées, on n’étudie plus Montaigne ou seulement très fragmentairement au cours d’une étude thématique. La jeunesse n’est donc pas amenée à le connaître et « se voit privée d’un aïeul bienveillant, plus proche d’elle que bien des parents ». Commence alors une critique de l’école un peu gratuite qui s’étend aussi à la manière dont les textes sont analysés, décortiqués dans les établissements scolaires au nom du pragmatisme. Là, je ne suis plus d’accord avec l’auteur ! Je ne vois pas pourquoi chercher à comprendre un texte, à l’appréhender de toutes les manières même rationnelles, exclurait l’émotion à partir du moment où il permet la compréhension. Et d’ailleurs ce n’est pas le sujet, puisque le problème n’est pas comment on étudie Montaigne mais plutôt pourquoi on ne l’étudie plus !
"Dire adieu à Montaigne serait troquer l’humanisme qui s’attache à son nom contre un futur strictement prosaïque où l’homme ne serait plus l’homme, mais un matériau livré aux apprentis sorciers de la science sans conscience et des technologies en expansion infinie, où l’humanité, enclose dans sa bulle étanche, se penserait maîtresse de l’univers, sans limites à sa toute puissance ».

C’est bien vrai mais je ne suis pas entièrement convaincue (ou je n’ai pas envie de l’être !) par cette thèse pessimiste car je pense que, à toutes les périodes de grande mutation, l’on a dû éprouver ces sentiments d’abandon, de fin d’un monde, de nostalgie et puis, finalement, la culture survit et avec elle la conscience humaine, et la lecture, la fréquentation des grands écrivains et philosophes aussi, car c’est un bien indispensable à l’humanité pour survivre. Je crois que Montaigne a éprouvé le même effroi que nous devant la monstruosité de son époque. D’ailleurs, il n’y a pas plus grand pessimiste que lui, qui affirme à propos des Essais : « J’écris mon livre à peu d’hommes et à peu d’années» ! C’est à dire juste pour le monde entier et pour quelques siècles ! Alors pourquoi pas encore longtemps!
Heureusement, s’il tire la sonnette d’alarme, Jean-Michel Delacomptée n’est pas fataliste. La lecture des Essais est facile, dit-il, pour peu que l’on adopte une orthographe moderne, avec quelques notes pour expliquer le vocabulaire, mais en conservant le style qui transmet «une énergie vitale». Et ceci d’autant plus que l’on n’est pas obligé de lire Montaigne intégralement. Il faut «baguenauder», sauter des passages s’ils sont trop broussailleux, «pilloter» de çà de là les fleurs comme le font les abeilles puis «en faire après le miel qui est tout un ; ce n’est ni thym, ni marjolaine».

J’aime beaucoup d’ailleurs la manière dont JM Delacomptée décrit les Essais : «Son livre a l’hospitalité d’un aubergiste qui vous servirait les repas sans chichis, à la bonne franquette, d’autant que lui-même était un fameux gourmand, dédaignant les cuillers et fourchettes, piochant avec les doigts dans les plats, la bouche pleine, d’où sa prédilection pour les serviettes blanches à l’allemande, dont il regrettait qu’on ne les change pas à chaque service, comme les assiettes. »

L’auteur nous parle de l’amitié de Montaigne avec La Boétie, du jugement que Montaigne portait sur les femmes et sur la famille, de la révérence et de l’affection qu’il éprouvait pour son père, de la loyauté et de l’honneur, de se vouloir libre, de la nature, tous les thèmes chers à Montaigne et il y a toujours des choses nouvelles à découvrir tant le personnage est riche et ses Essais jamais explorés entièrement si l’on n’est pas spécialiste.

Mais ce qui m’a paru le plus intéressant, c’est que JM Delacomptée aborde Montaigne avant tout pour chercher des réponses à ses propres questions. Ainsi il raconte comment délaissé par son amoureuse quand il était jeune homme, il a puisé dans Montaigne non une consolation à son chagrin mais la façon d’y répondre avec dignité et en respectant la liberté de la jeune fille. Il explique que Montaigne ne répond pas à une question par une affirmation catégorique car il ne se donne jamais comme un maître à penser. Il examine le problème par toutes ses coutures et présente ainsi une multiplicité de points de vue dans laquelle vous êtes libres de faire votre choix. Montaigne amoureux de la liberté, donne une méthode de réflexion et vous laisse vous débrouiller ! Et c’est non sans humour que l’essayiste souligne les difficultés de cette recherche et ses propres échecs !

«Il m’a longtemps paru, à son imitation, que palper continuellement la pensée de la mort, la triturer dans tous les sens, la convoquer à la moindre occasion, m’accoutumerait à la fatalité et m’en rendrait le contact moins abrupt, façon superstitieuse peut-être de de se préserver de ses atteintes. Il suffisait d’un mal de tête inopiné, d’un bouton surgi au coin des lèvres, d’une épaule endolorie sans cause particulière, d’une vague nausée, d’une brûlure d’estomac ou de cernes bleues après un rhume, pour que ma perte fut certaine.»

Il n’est pas facile d’être apprenti philosophe! Je me souviens quand j’étais toute jeune moi-même avoir été frappée par cette phrase de Montaigne : «Il est incertain où la mort nous attend, attendons là partout» et être arrivé à peu près au même résultat que JM Dalcomptée c’est à dire à l’inverse de Montaigne «pour qui mourir n’est qu’un passage».
Lire Montaigne est donc une recherche exigeante envers soi-même pour laquelle il faut considérer Montaigne comme un guide et comme un ami. Et c’est pourquoi il est tellement important de ne pas lui dire «adieu».

Martin et les fées

Dominique Gorse

Les éditions Ipanema

12,00
7 septembre 2015

Martin et les fées

Martin et les fées est un roman pour les enfants à partir de 7 ans qui explore le domaine de la féérie.

Martin est un petit garçon pas toujours heureux avec ses semblables qui se moquent de son handicap. Un jour, il découvre une bille translucide dans laquelle est enfermée une fée, Iris. Elle lui explique qu’elle a été emprisonnée avec six autres de ses amies par le méchant Godefroy Le Vilain. Celui-ci a donné chacune de ces billes à ses héritiers qui les ont disséminées aux quatre coins du monde. Pour lever le sortilège et libérer les fées, il faut qu’un enfant au coeur pur réunisse les sept boules en un temps limité. C’est l’occasion d’un voyage à travers le monde grâce aux pouvoirs des fées : Venise, le Canada, le désert, l’Afrique noire…

Reprendre le schéma du conte traditionnel est une bonne idée et ce voyage de l'amitié et de la magie aurait pu être très intéressant mais j’ai trouvé le style plat, les dialogues sans originalité et l’on reste le plus souvent sur sa faim quant à la description des pays traversés. Il manque un peu d’humour et un zeste de poésie. En un mot, je suis déçue par cette lecture. C'est dommage car le roman donnera lieu la parution d’un album avec CD le 15 Octobre qui a l'air très joliment illustré par Fred Multier.

L'Insaisissable
21,00
23 juin 2015

Anne Roiphe : l'insaisissable

Paru aux Editions du Sonneur, "L’insaisissable" désigne le bacille du Choléra! Anne Roiphe s’empare d’un moment de l’histoire de la médecine, quand en 1883, Louis Pasteur envoie trois chercheurs à Alexandrie où sévit le choléra. Emile Roux, Louis Thuillier et Edmond Nocard ont pour mission de découvrir le germe responsable de cette affreuse maladie et si possible d’y réussir avant Robert Koch, le père de la bactériologie, lui aussi à Alexandrie, déjà célèbre pour avoir découvert le bacille de la tuberculose et celui du charbon.

Une émulation va alors se développer entre les médecins français et le médecin allemand et le lecteur suivra pas à pas les différente tentatives pour reconnaître au milieu d'autres cet être vivant invisible à l’oeil nu mais terriblement puissant et dévastateur. Nous découvrons les méthodes de recherche, les échecs, les découragements mais aussi les avancées de cette formidable enquête scientifique plus passionnante que n’importe quelle histoire policière et tout aussi meurtrière.
J'ai eu envie de lire ce roman pour prolonger l'intérêt que j'avais éprouvé en lisant Peste et Choléra de Patrick Deville a propos d'un brillant collaborateur de Pasteur, Alexandre Yersin, découvreur du bacille de la peste.
Et pour ceux que rebuterait un tel thème, sachez que, non, on ne s’ennuie jamais en lisant L'insaisissable malgré son aspect documentaire car il s'agit bien d'un roman dont la trame est intéressante et les personnages attachants.
Autour des personnages historiques des trois savants et de Pasteur, Ann Roiphe crée des personnages imaginaires. Nous suivons, en particulier, Este, une jeune fille intelligente et volontaire, qui va bientôt s'intéresser aux recherches des savants. Elle est la fille de Lydia Malina et du docteur Malina, un juif d’Alexandrie, bien implanté dans sa ville, mais autour duquel se trame un complot politique dans un pays qui est alors sous le contrôle anglais.
Une histoire d’amour impossible mais intelligemment menée naît entre Este et Louis et vient pimenter le récit qui laisse une grande place à Alexandrie, mêlant habilement le passé antique de la cité et l’époque de cette fin du XIX siècle. L’animation du port, les marchandises qui y sont déchargées et répandent la maladie, les odeurs, les couleurs, la saleté sur lequel plane la peur de la mort, la pestilence, les cadavres qui jonchent le sol ou encombrent les hôpitaux donnent un cadre très impressionnant au récit.

« Une fois dans la rade, le navire croisa les masses noires des cuirassés rouillés, le pavillon rouge orné de l’étoile et du croissant flottant à leur poupe. Des timoniers barbus, portant des tarbouches, avançaient à la rame entre les grands vaisseaux qui arboraient le drapeau des Etat-Unis d’Amérique ou l’Union Jack….. Quelques felouques appartenant au pacha allaient et venaient; une fioriture turque était peinte sur leur poupe et des caractères arabes dorés, aux hampes allongés, décoraient les casiers qui renfermaient leur roue à aubes. »
Anne Roiphe fait du bacille un personnage du roman et pas le moindre! Comme les gens qui y sont exposés, le lecteur ne peut l'oublier et sait qu'une négligence peut être fatale à ceux qui oublient les consignes d'hygiène rigoureuses prescrites par Pasteur. Grâce à l’écrivaine le lecteur est rendu omniscient, il sait ce qu'ignorent les personnages : où se cache le bacille, qui risque de tomber dans le piège ou au contraire en échapper, jeu de hasard où la Mort sort victorieuse. Le style brillant qui prend parfois des accents épiques fait apparaître les désastres de l’Histoire, les armées des grands empereurs, les massacres perpétrés au nom de la religion comme dérisoires par rapport à la bataille victorieuse de l’infiniment petit, de ce vibrio cholerae qui peut se répandre sur le monde entier et faire en un jour plus de morts que les batailles des siècles passés.

« Anonyme, invisible, cet organisme minuscule recourbé et muni d’une queue mobile, flottait dans les fleuves où les grands dieux avaient plongé, dérivait près des rochers sur lesquels les femmes battaient leurs draps, effaçant les souillures laissées par l’amour et la procréation, par le sang et la salive, par les mucosités, le pus, les taches fécales, les caillots des bronches. Ces êtres n’avaient pas de poésie propre, aucun mythe ne les soutenait en chemin, et pourtant ils prospéraient… »

"L'insaisissable" propose une réflexion sur le processus de la vie, sur cette lutte indispensable et inévitable de tous les êtres pour manger et rester vivants. L’écrivain imagine le questionnement des scientifiques qui, parvenus aux limites de leur savoir, doutent et s’interrogent.

"Il pensait à tous les processus indispensables à la vie; croquer, mastiquer, mâcher, engloutir, siroter, broyer, griffer, saisir. Nous ne sommes rien de plus que des machines à digérer, se disait Louis, et cette idée le réconfortait. Le puma et la levure diffèrent par leur taille, non par leur comportement. Tous deux dévorent, ouvrent leurs gueules, absorbent, évacuent des déjections et continuent de vivre, car ils agissent de la sorte et mourraient s’ils s’en abstenaient. L’homme procédait de même. Pourquoi les choses étaient-elles ainsi? Louis l’ignorait. Peut-être était-ce Dieu qui avait créé tout ce qui existait et qui avait conçu les organismes vivants afin qu’ils se mangeassent les uns les autres en une ronde masticatoire sans fin. Les humains eux-mêmes n’étaient rien de plus qu’une ressource alimentaire pour les asticots et pour d’autres êtres plus petits encore. (…) "
"Quel organisme se repaissait, se sustentait du choléra? Et qu’en était-il du choléra lui-même qui refusait d’être noyé, qui refusait de périr par le feu? Le choléra était-il la seule créature immortelle qui fût sur Terre?"

Ce livre est aussi un bel hommage à tous les chercheurs du passé ou actuels qui risquent leur vie en se dévouant à la science.

Jardins de papier : de Rousseau à Modiano
23 mai 2015

Jardins de papier de Rousseau à Modiano de Evelyne Bloch-Dano

Jardins de papier de Rousseau à Modiano de Evelyne Bloch-Dano paru chez Stock est un livre écrit par une amoureuse des jardins.

Après nous avoir présenté les différents types de jardin (y compris les siens!) et nous avoir fait voyager dans temps et l’espace, du jardin des origines en passant par ceux de la Renaissance ou du Moyen-âge, jardins romains, persans, jardins de l’Islam, à la française ou à l’anglaise, Evelyne Bloch-Dano nous convie à une promenade littéraire.

A tout seigneur, tout honneur. C’est avec Rousseau que nous commençons cette promenade. Non que les jardins soient absents de la littérature avant lui mais parce qu’il est l’initiateur de ce goût de le nature qui n’a cessé de se répandre après lui, en particulier chez les romantiques qu’il annonce. Les pas du promeneur solitaire, les ébats campagnards de la Nouvelle Héloïse nous amènent dans la vallée ou fleurit le lys de Balzac, dans le parc nocturne ou Julien Sorel saisit la main de madame de Rénal, dans le Nohant de George Sand, jardinière férue de botanique…
Avec Evelyne Bloch-Dano, j’ai aussi revu le Paradou de Zola qui m’avait fait rêver dans mon adolescence et les fleurs de Colette si somptueusement parées par les mots de l’écrivaine tisseuse de rêves colorés, jardins nostalgiques qui annoncent la perte. J’ai appris comment Jean Paul et Simone auraient pu se rencontrer au parc du Luxembourg et l’anecdote du marronnier m’a bien fait sourire : Certes la philosophie n’en aurait pas été changée mais la botanique s’en serait trouvée plus mal, oui! Cette promenade se termine non avec Modiano mais avec Christian Bobin, jardinier du paradis.

Ce que j’ai aimé :
Evelyne Bloch-Dano analyse le rôle que joue le jardin pour chacun de ces écrivains, ce qu’il représente, simple décor extérieur, ou personnage à part entière, symbole du renoncement dans La Porte étroite de Gide, le jardin a une signification jusque dans son absence, témoins les jardins invisibles de Modiano.

Le livre paru chez Stock est lui-même un joli objet. La première de couverture est illustrée par Jacek Yerka avec Romantic garden et les pages très délicatement soulignées par les dessins pleins de finesse, végétaux, feuilles et fleurs de couleur verte de la graphiste Marion Cochat.

Un bémol : j’aurais aimé que les analyses soient accompagnées de larges extraits de textes (et non de courtes citations). C'est que j'avais un à priori quand j’ai choisi ce livre, j'ai cru qu'il serait une anthologie, ce qu’il n’est manifestement pas. Il est vrai que cela vous poussera peut-être à aller lire ou relire les oeuvres qui nous sont présentées! Il n’en reste pas moins très intéressant.

Jardins de papier : de Rousseau à Modiano
23 mai 2015

Jardins de papier de Rousseau à Modiano de Evelyne Bloch-Dano

Jardins de papier de Rousseau à Modiano de Evelyne Bloch-Dano paru chez Stock est un livre écrit par une amoureuse des jardins.

Après nous avoir présenté les différents types de jardin (y compris les siens!) et nous avoir fait voyager dans temps et l’espace, du jardin des origines en passant par ceux de la Renaissance ou du Moyen-âge, jardins romains, persans, jardins de l’Islam, à la française ou à l’anglaise, Evelyne Bloch-Dano nous convie à une promenade littéraire.

A tout seigneur, tout honneur. C’est avec Rousseau que nous commençons cette promenade. Non que les jardins soient absents de la littérature avant lui mais parce qu’il est l’initiateur de ce goût de le nature qui n’a cessé de se répandre après lui, en particulier chez les romantiques qu’il annonce. Les pas du promeneur solitaire, les ébats campagnards de la Nouvelle Héloïse nous amènent dans la vallée ou fleurit le lys de Balzac, dans le parc nocturne ou Julien Sorel saisit la main de madame de Rénal, dans le Nohant de George Sand, jardinière férue de botanique…
Avec Evelyne Bloch-Dano, j’ai aussi revu le Paradou de Zola qui m’avait fait rêver dans mon adolescence et les fleurs de Colette si somptueusement parées par les mots de l’écrivaine tisseuse de rêves colorés, jardins nostalgiques qui annoncent la perte. J’ai appris comment Jean Paul et Simone auraient pu se rencontrer au parc du Luxembourg et l’anecdote du marronnier m’a bien fait sourire : Certes la philosophie n’en aurait pas été changée mais la botanique s’en serait trouvée plus mal, oui! Cette promenade se termine non avec Modiano mais avec Christian Bobin, jardinier du paradis.

Ce que j’ai aimé :
Evelyne Bloch-Dano analyse le rôle que joue le jardin pour chacun de ces écrivains, ce qu’il représente, simple décor extérieur, ou personnage à part entière, symbole du renoncement dans La Porte étroite de Gide, le jardin a une signification jusque dans son absence, témoins les jardins invisibles de Modiano.

Le livre paru chez Stock est lui-même un joli objet. La première de couverture est illustrée par Jacek Yerka avec Romantic garden et les pages très délicatement soulignées par les dessins pleins de finesse, végétaux, feuilles et fleurs de couleur verte de la graphiste Marion Cochat.

Un bémol : j’aurais aimé que les analyses soient accompagnées de larges extraits de textes (et non de courtes citations). C'est que j'avais un à priori quand j’ai choisi ce livre, j'ai cru qu'il serait une anthologie, ce qu’il n’est manifestement pas. Il est vrai que cela vous poussera peut-être à aller lire ou relire les oeuvres qui nous sont présentées! Il n’en reste pas moins très intéressant.