Chaque Livre E.

Massacre

Editions du Rocher

17,00
8 octobre 2018

« Dans la communauté des hommes on était capable d’autant de violence que de pondération ». « Massacre » n’est pas un
livre marqué par l’optimisme.
Anne Hansen parvient à se décentrer pour analyser certains aspects destructeurs du monde de l’entreprise et revenir sur les massacres des attentats subis en France.
Les passages où elle décrypte la vie d’entreprise, qui n’est pas identifiable, sont plein « d’observations piquantes», si justes et si reproductibles !
Concernant le terrorisme, Paris n’est pas nommée, l’auteure reste à distance des événements, on ne trouvera pas de faits précis.
On le comprend, le drame est à tous les étages aujourd’hui. Que sont devenues nos vies ?
La langue de Anne Hansen est soutenue et ses formulations parfois complexes, mais le choix des mots est terriblement précis. C’est un livre de haut niveau littéraire.
Alors oui, la micro-société de l’entreprise peut mener au désastre, et notre société est aussi menacée et attaquée. Nos sociétés sont en guerre, l’auteure se garde bien de nous le dire !
Elle met en perspective ces situations pour proposer une analyse quasi universelle. Le constat est édifiant, implacable, fin, brillant, de ce que nos sociétés occidentales sont réellement.

Frère d'âme
17,00
8 octobre 2018

Toubab et chocolat, soldats blancs et soldats noirs reunis dans les tranchées de la Première Guerre mondiale ...
C’est une histoire épouvantable comme savent les produire les guerres, une vengeance terrible d’un soldat Sénégalais qui aura vu mourir son ami sous ses yeux. On hésite entre simplicité d’esprit, fraternité réelle, sauvagerie et folie engendrée par les combats, naïveté ou vrai calcul pour trouver un sens à cette vengeance.
La dernière partie du roman avec l’évocation de la jeunesse africaine des protagonistes offre quelques pistes... Les mots sont simples et les idées martelées par des répétitions multiples: cela confère au récit un rythme entêtant, j’ai même parfois eu l’impression d’écouter du slam !
Ça se lit d’une traite, ça s’entend comme un témoignage craché par un homme haletant revenu de l’enfer. Un vrai coup de tonnerre.

Chien-Loup
21,00
8 octobre 2018

Avec cette éblouissante écriture qui coule comme une rivière, Serge Joncour nous éclabousse de son style fabuleux qui mériterait tous les prix de l’Académie Française !
L’auteur explore la nature de l’homme, son adaptation à l’environnement, tant urbain que celui des campagnes. Il use d’un vocabulaire animalier qui jaillit à chaque phrase, c’est prodigieux ! Mais aussi et surtout, cette histoire monte progressivement en intensité en distillant dans chaque chapitre, avec une subtilité folle, les éléments qui conduisent au dénouement...
Qu’avons-nous perdu de notre part animale et sauvage et que devrions nous retrouver dans cette nature parfois hostile ? Qu’est-ce que notre monde industrialisé a fait de nous? Et si les loups les plus féroces ne se cachaient pas là où on le croit ?
Un roman qui se dévore !

À son image
19,00
8 octobre 2018

Jerôme Ferrari signe un beau portrait d’Antonia, une jeune photographe Corse dont le livre relate les grands moments de sa vie alors même que ses proches se réunissent pour son enterrement.
Retracer sa vie professionnelle est un prétexte pour nous interroger sur le rôle du photographe, du photo-journaliste. Sert-il seulement à divertir et informer? Quel est son utilité dans ce monde? Lutter contre le silence et l’oubli ? Témoigner, quitte à paraître obscène en montrant l’insoutenable ? Sommes nous d’ailleurs prêts à affronter « la puissance brutale des photographies » diffusées par la presse ?
Tout ne tourne pas autour de la photographie dans ce roman dont l’action se situe en Corse. Jerome Ferrari revient également sur les événements liés au FLNC, sans être trop critique.
Bien qu’inscrivant son héroïne dans une histoire « sentimentale » avec un de ces hommes cagoulés aux activités suspectes, il reste néanmoins en surface concernant cette relation.
L’ensemble est assez sombre mais j’ai trouvé l’écriture chantante et magnifique !
Quel style ! Des phares longues, très longues, qui coulent élégamment.
Si la photo est un art, l’écriture de Ferrari est aussi de l’art.

Roissy

Sabine Wespieser Éditeur

21,00
8 octobre 2018

Tiffany Tavernier nous embarque dans le tourbillon de l’aéroport Roissy Charles De Gaulle, une histoire folle où le lecteur se retrouve en immersion totale. L’architecture du texte et le rythme qu’elle insuffle à son écriture sont calqués sur l’activité incessante qui règne en ce lieu à très haute fréquentation. Qui sont donc tout ces gens, qui côtoyons nous vraiment dans ce monde ?
Si le début évoque un documentaire, peu à peu le procédé narratif glisse vers le roman, le drame de cette femme SDF qui vit dans l’aéroport depuis des semaines, ne sachant pour quelles raisons ni comment elle a atterri là.
Parce qu’on veut comprendre on se laisse entraîner jusqu’à « l’envolée » finale!
C’est un livre très original, formidable, tout en tension, mais d’une immense sensibilité.