Chaque Livre E.

Un monde à portée de main
8 octobre 2018

Ça démarre fort cette immersion dans le monde des artistes ! Dans la première partie les couleurs jaillissent et la palette du vocabulaire de la peinture est complète ! Alors on se dit qu’on va ressentir de belle émotions, et en plus on apprend quantité de choses en rapport avec la technique et la matière. Mais peu à peu je me suis ennuyé au milieu de beaucoup de bavardages et d’énumérations...
La fin me semble mal raccordée au corps du roman, elle raconte l’histoire bien connue des découvreurs de la grotte de Lascaux et des années qui s’en suive, Maylis de Kerangal plaque là ce que l’on a appris à l’école, et on se demande ce que fait son héroïne au milieu de tout ça.
Ce livre est une grosse déception. Je n’ai pas senti un ou plusieurs fils conducteurs très captivants. L’histoire me paraît plate, sans rebondissement, et les personnages sont lisses, sans profondeur, perdus au milieu d’un catalogue de connaissances. Je n’ai ressenti aucune émotion particulière. J’en attendais sûrement trop.

La Vraie Vie
17,00
8 octobre 2018

Ça commence par des mots d’enfants, des choses simples et des phrases simples, la douceur, l’imagination et la naïveté de l’enfance, celle qui qui touche et emporte les cœurs, comme dans « Ma reine » de Jean-Baptiste Andrea. Et de pages en pages, la surprise s’invite derrière les mots, et d’ailleurs pas un mot n’est en trop.
On accompagne une jeune fille et son petit frère sur quelques années de leur enfance élevés dans une famille au père...autoritaire.
Pour ne rien dévoiler... j’ai pensé à « La vie est belle » en découvrant cette grande sœur qui veut protéger son petit frère à la manière de Roberto Benigni avec son fils, ensuite on retrouve la sensibilité exceptionnelle de Sorj Chalandon de « Profession du père » avec une touche de « En attendant Bojangles » de Olivier Bourdeau, et puis... la folie de « My absolute darling » de Gabriel Tallent.
Foncez, lisez, découvrez ce livre!
Il est à mettre entre les mains de celles et ceux qui lisent peu ou qui n’aiment pas lire. Je crois que c’est un livre qu’on ne peut pas ne pas aimer.

Massacre

Editions du Rocher

17,00
8 octobre 2018

« Dans la communauté des hommes on était capable d’autant de violence que de pondération ». « Massacre » n’est pas un
livre marqué par l’optimisme.
Anne Hansen parvient à se décentrer pour analyser certains aspects destructeurs du monde de l’entreprise et revenir sur les massacres des attentats subis en France.
Les passages où elle décrypte la vie d’entreprise, qui n’est pas identifiable, sont plein « d’observations piquantes», si justes et si reproductibles !
Concernant le terrorisme, Paris n’est pas nommée, l’auteure reste à distance des événements, on ne trouvera pas de faits précis.
On le comprend, le drame est à tous les étages aujourd’hui. Que sont devenues nos vies ?
La langue de Anne Hansen est soutenue et ses formulations parfois complexes, mais le choix des mots est terriblement précis. C’est un livre de haut niveau littéraire.
Alors oui, la micro-société de l’entreprise peut mener au désastre, et notre société est aussi menacée et attaquée. Nos sociétés sont en guerre, l’auteure se garde bien de nous le dire !
Elle met en perspective ces situations pour proposer une analyse quasi universelle. Le constat est édifiant, implacable, fin, brillant, de ce que nos sociétés occidentales sont réellement.

Capitaine
22,00
8 octobre 2018

Imaginaient-ils un jour « fuire comme une bête traquée » ? Alors que l’europe est en guerre, tous ceux qui ont pu embarquer à Marseille pour New-York via la Martinique sur le « Capitaine Paul-Lemerle», paquebot transatlantique où se sont retrouvés Claude Levi-Strauss, André Breton, Germaine Krull, des communistes, des politiques, des juifs, des artistes et intellectuels en exil et aussi sur cette route des Amériques une vraie arche de Noé ! Adrien Bosc nous propose un journal de bord de cette traversée forcée, qu’il a composé en une succession de tableaux.
À bord il nous décrit avec force détails l’organisation ou plutôt la recomposition de cette société en « village ». On y apprend que le bateau a ses quartiers : Belleville, Champs-Elysée, et forcément un copier-coller des populations .
Bosc nous livre un travail de recherche exceptionnel et référencé, une quête plus exactement pour lui, qui prend la forme d’un «docu-fiction» mêlant textes d’origine et point de vue de l’auteur.
À cause de sa forme, je n’ai pas été emporté par ce voyage qui certes n’a rien d’une croisière estivale, mais j’admire l’immense travail de composition exécuté à partir des documents et archives d’époque par l’auteur sur ce texte. Le long épilogue est touchant. De part son sujet je ne suis pas sûr que ce livre s’adresse à un large public.

Frère d'âme
17,00
8 octobre 2018

Toubab et chocolat, soldats blancs et soldats noirs reunis dans les tranchées de la Première Guerre mondiale ...
C’est une histoire épouvantable comme savent les produire les guerres, une vengeance terrible d’un soldat Sénégalais qui aura vu mourir son ami sous ses yeux. On hésite entre simplicité d’esprit, fraternité réelle, sauvagerie et folie engendrée par les combats, naïveté ou vrai calcul pour trouver un sens à cette vengeance.
La dernière partie du roman avec l’évocation de la jeunesse africaine des protagonistes offre quelques pistes... Les mots sont simples et les idées martelées par des répétitions multiples: cela confère au récit un rythme entêtant, j’ai même parfois eu l’impression d’écouter du slam !
Ça se lit d’une traite, ça s’entend comme un témoignage craché par un homme haletant revenu de l’enfer. Un vrai coup de tonnerre.