Nathalie M.

Les Ronces

Cécile Coulon

Le Castor Astral éditeur

7,99
par (Libraire)
20 mars 2020

Poésie d'aujourd'hui

C'est drôle la poésie. C'est fou, l'effet que ça peut avoir sur vous.
Cécile Coulon dans ses poèmes porte un regard tout à fait pertinent sur le monde, sur les êtres au monde.
Elle sait poser les contours de l'indicible et le rend perceptible, saisissable.
D'une situation ordinaire, quotidienne, elle soutire grâce aux mots justes scandés, l'essence même des petits riens autant que des grands sentiments qui nous submergent souvent.
Et cela fait un effet tel, qu'après lecture de chaque poème, soit vous le relisez séance tenante, soit vous restez suspendu, à déguster, à savourer les mots longuement, avant de passer au poème suivant.
Dans les petits interstices de la vie, avant d'en reprendre le cours, qu'il est bon de lire un poème de Cécile Coulon !

Play Boy

Constance Debré

Stock

6,99
par (Libraire)
20 mars 2020

Écrire sa réalité

L'auteure écrit le moment de sa vie où elle vient de quitter son mari et son fils. C'est une période de crise, de quête, d'affirmation de soi.
Elle raconte comment elle perçoit, elle sait les êtres autour : sa famille, ses collègues, ceux qu'elle défend ( elle est avocate ). Elle dit la bourgeoisie dont elle est issue, ses codes, la liberté que ça lui donne. Elle dit l'injustice fondamentale d'être pauvre, à laquelle elle échappera toujours.
Elle dit sa sexualité, son désir des femmes qu'elle assouvit enfin.
Elle dit le plaisir que c'est pour elle de jouir du corps des femmes, de les faire jouir aussi. Elle dit l'importance du désir plus que le plaisir. Elle dit aussi les échecs que cela peut être ses tentatives avec les femmes. Elle dit la difficulté d'aimer. Qu'est-ce que c'est qu'aimer ? Elle dit son égoïsme et par là même, offre à sortir des discours peut-être mensongers ou peu fouillés habituels quant au désir, à la sexualité, à l'amour dans ce qui est trop souvent idéalisé. Aimer ne change rien à rien. Il reste à vivre, c'est tout.
Après " Play boy ", l'auteure sort en ce mois de Janvier 2020, " Love me tender ".
Une écriture directe, percutante, sans fioritures ; à suivre parce qu'elle interpelle. Et c'est bon d'être interpellé.

Frère d'âme

David Diop

Le Seuil

6,99
par (Libraire)
20 mars 2020

Méandres poétiques

Imaginez... Vous êtes arraché à votre terre, à votre culture pour aller faire la guerre, la grande dans les tranchées.
Vous êtes en première ligne, incompris de ceux qui sont devenus soldats comme vous, à subir la même violence que vous.
Voici l'histoire d'Alfa, tirailleur sénégalais qui va perdre son ami Mademba, seul soldat dont il se sentait proche.
A partir de ce moment, on entre dans la logique d'Alfa, comme transformer la violence, lui donner sens. On tente de saisir cette violence permanente et peu à peu, dans une langue poétique ( c'est toute la force de cet ouvrage ), on entre dans la folie et son cheminement intime.
Époustouflant !

Leurs enfants après eux

Nicolas Mathieu

Éditions Actes Sud

15,99
par (Libraire)
20 mars 2020

Raconte moi avant, il n'y a pas si longtemps

C’est une fresque sociale qui dessine par petites touches mêlées, juxtaposées, et qui se complètent de s’articuler, la fin du dernier millénaire. Ce n’est pas si loin et ça paraît pourtant à des années lumières, tant la société a changé en si peu de temps, comme passée à un mode accéléré. Ça dessine ce que vivent des adolescents et leurs parents d’une petite ville. Ça met en place tout ce qui conduit vers une fin dont on sait qu’elle ne peut qu’être troublante, inévitable. Ça dit le temps qui passe et ce que ça implique quoiqu'on fasse. Ça dit ce qui fait devenir les uns et les autres de hasards, d’événements passés incontrôlés dont on n’imagine jamais toutes les conséquences que ça peut engendrer au moment des faits. Cela dit les conditionnements, les rencontres, les situations. Ça dit de leurs fourmillements dans tous les sens le moment où tout se cristallise dans un temps qui rassemble tout, tout à coup. Ça dit tout l’intime des pensées et des personnalités des êtres qui ne font que vivre de ce qu’ils sont, de leurs désirs, de leurs espoirs, de leurs aspirations, qui au fil de leur histoire deviennent autant d’encombrements, de conditionnements, de manquements, d’aspirations en berne pour ne plus faire que vivre seulement. C’est pertinent et émouvant. C’est la vie qu’on perçoit un peu mieux, un peu plus profondément de la littérature.

Un balcon en forêt.
par (Libraire)
18 mars 2020

Ça a du sens

Dans cet ouvrage, les lieux et les êtres sont rencontres de circonstances qui se proposent du hasard à se trouver là, conséquence de la guerre, la seconde mondiale, qui laisse parfois les hommes en faction, isolés sans réelle perception de ce qu'elle est ailleurs, sans réelle idée de son extension et encore moins de sa logique.
En ce lieu précis, l'attente emplit le temps qui se dilate.
La vie et les autres au rythme du village tout prés, des informations qui s'y recueillent, des interprétations qui en sont faites, plus ou moins erronées.
Descriptions d'instants qui s'étirent et posent le monde perçu là.
On observe au microscope une réalité suspendue.
Un temps de guerre en écho lointain, silencieux longtemps.
Un temps d'attente lente, fragilisante et tendue.
Le calme s’apprécie de l’équilibre ténu qui inévitablement sera rompu.
Le rien qu'attendre, à la fois apprécié et dont on voudrait pourtant que cela prenne fin.
Des êtres là, abandonnés du monde, suspendus à lui, à l'affût de cette guerre qui passera forcément par là, tonitruante, mais on ne sait quand.
Vient enfin le raffut qui sonne incongru.
La réalité qui rattrape la vie vécue retenue si longtemps suspendue, après les départs civils laissant les lieux déserts, voire fantomatiques.
La guerre emplit l'espace bruyamment.
Passages des êtres dans l'exode, des armées qui se retirent ou s’avancent sans jamais s’arrêter là.
Et les avions investissent avec fracas le lieu par le ciel, épargné jusque là.
Quel beau titre Un balcon en forêt, pour un bunker -point stratégique- observatoire des mouvements des armées.
Écriture dense, d'une élégante délicatesse.
Finesse d'écriture offrant un monde inépuisable de richesses à chaque ligne.