Géraldine G.

Brandebourg
23,80
par (Libraire)
3 septembre 2017

Comme un enfant qui invente un monde en jouant, Juli Zeh a imaginé un village en Allemagne et puis elle l'a peuplé. Certains habitants y vivent depuis toujours, d'autres sont de nouveaux arrivants qui aspirent à une vie calme loin de la ville. Certains s'aiment, d'autres se détestent cordialement. Un projet éolien vient soudain briser la surface de cette eau pas si calme ; c'est le prétexte idéal pour l'auteure de s'adonner à une croustillante satire de notre société contemporaine.

By the rivers of Babylon
par (Libraire)
19 août 2017

Un enchantement et une fureur

1982, Augustown, Jamaïque.
M. Saint-Joseph a beau être professeur il ignore qu'en coupant les dreadlocks du petit Kaia, pour le punir d'une improbable faute, il va déclencher bien plus que l'indignation d'une famille. C'est du sel qu'il vient de jeter sur une plaie ouverte, du bois sec qu'il vient de déposer sur des braises encore chaudes. La colère gronde au sein de la communauté, une colère ravivée, aussi ancienne que ne l'est l'oppression économique et sociale subie par les rastafaris. Pour comprendre la violence sourde que provoque cet acte sacrilège Kei Miller, par l'entremise de la sage et magnifique grand-mère de Kaia, va raconter l'histoire de ce peuple en zoomant sur une série de personnages, dont Alexander Bedward, prophète sublime et fondateur du Bedwardisme. Il signe un roman brûlant et enchanteur, oscillant entre poésie, fiction et histoire, dont on ressort avide d'en connaître davantage sur la culture rasta et qui porte en son sein l'empreinte universelle des révoltes justes.

Le camp des autres
17,00
par (Libraire)
31 juillet 2017

L'appel de la forêt

À travers six tableaux taillés comme des diamants, Thomas Vinau raconte le destin d'un jeune garçon qui, au début du XXIème siècle, tue le père avant de trouver refuge dans la forêt. Des rencontres décisives baliseront son parcours sauvage : celle d'un ermite mi-sorcier mi-savant puis celle d'une caravane composée d'anarchistes, d'apatrides, de bandits, d’asociaux, de voleurs, de déserteurs, de braconniers, de bagnards en fuite, de gitans... En somme le grand peuple de ceux et celles qui éprouvent la liberté avec toute la dose de dissidence qu'elle contient nécessairement. À bonne école, celle de la marge, il fera ses gammes avant d'obéir à son appel sauvage, celui qui mène aux bêtes, aux bois et à la sagesse.

Thomas Vinau possède un style d'une beauté brute, animale, qui est comme un retour aux sources de l'écriture. Les passages sur la forêt, sur la nature et sur les animaux se lisent comme des odes aux éléments. De surcroît, il parvient dans ce superbe roman à parler du monde actuel, du sort que l'on réserve aux étrangers et à tous ceux qui se trouvent en dehors de la norme en imaginant une histoire qui se déroule il y a plus d'un siècle. Toutes ces qualités, remarquables, font du « Camp des autres » un livre qui pourra se lire dans 10 ans, dans 20 ans, et même plus, sans avoir vieilli et sans s’être aucunement dévitalisé.

Sigma
par (Libraire)
27 juillet 2017

Petit théâtre du marché de l'art

Complexe mais ludique, drôle mais sérieux, révérencieux mais original, le troisième roman de Julia Deck présente une composition littéraire prodigieuse où la jubilation de lire ne cesse de faire écho à celle d'écrire.

« Sigma » est le nom d'une organisation internationale ayant pour raison d'être l’anéantissement, si possible dans l'œuf, de la pensée critique et des idées. Les agents qu'elle emploie, tour à tour pieds nickelés et génies purs de la duplicité, exercent dans l'ombre afin de neutraliser le pouvoir subversif des œuvres d'art. La mission à laquelle nous donne à participer Julia Deck se déroule en Suisse et concerne le tableau d'un illustre peintre, tout juste retrouvé. Ce sont les notes internes et les rapports de mission échangés entre les membres de l'agence, à tous les échelons de la hiérarchie, qui donnent sa structure au roman. À la lecture émerge très vite le sentiment d'être en contact avec un puzzle littéraire à l'humour discret mais puissant. Les états d’âme parfois ubuesques des agents de terrain, les critiques péremptoires et condescendantes à leur encontre auxquelles s'adonne joyeusement la hiérarchie, les petits et grands travers des uns et des autres distillent continuellement un ton décalé et complice qui maintient en haleine tout autant que l'intrigue.
Si Julia Deck se livre à une critique acerbe du marché de l'art, du pouvoir de l'argent ainsi qu'à une parodie perspicace des rapports socio-politiques, c'est in fine un formidable hommage au genre théâtral qu'elle rend. Sur le modèle des comédies classiques, les mondes opposés des puissants et des factotums s'entrechoquent ; on se réfère régulièrement à la présentation liminaire des personnages dont les noms fortement connotés laissent deviner qu'ils ont été soigneusement choisis ; la structure du roman rappelle celle en actes et en scènes caractéristique du théâtre ; les répétitions d'une pièce, comme autant de mises en abîme, décuplent le vertige et le plaisir de lecture... N'en jetons plus : c'est tout simplement brillant !

Les Jouisseurs
17,00
par (Libraire)
27 juillet 2017

À la conquête du plaisir de vivre

Parmi les curiosités et pépites de la rentrée littéraire 2017 se trouvent "Les Jouisseurs", mystérieux et élégants, de Sigolène Vinson. Des reliefs jurassiens aux plateaux marocains, elle place son lecteur au centre d'une envoûtante quadrature bornée par deux couples qu'époques et lieux séparent. Olivier, Éléonore, Ole et Léonie ont en commun d'avoir un créateur et de chercher, tels des alchimistes obsédés, la solution à l'ennui existentiel. L'auteure livre une très belle réflexion sur la condition humaine ainsi que sur le processus de création. Les deux récits enchâssés se répondent d'échos en échos et la fiction finit par se teinter de réel. Le troisième élément que constituent les notices techniques d'un fascinant automate-écrivain – que l'on pourrait par certains égards considérer comme une forme ancestrale d'intelligence artificielle – apporte au texte une poésie somptueuse. Avec" Les Jouisseurs", Sigolène Vinson n'a pas écrit un superbe roman, elle a écrit deux superbes romans.