Aifelle *.

5 février 2016

Le titre du roman fait référence à une chanson de Nina Simone, qui a une place importante dans l'histoire. Histoire racontée d'abord à hauteur d'enfant, le petit narrateur nous entraîne dans une enfance apparemment idyllique. Un père qui embellit en permanence le quotidien de ses fabuleux mensonges, une mère hautement fantaisiste qui n'aime que danser, s'amuser, inventer, entourée d'une multitude d'amis. C'est la fête tout le temps dans un grand appartement parisien ou un château en Espagne.
Assez vite, arrivent en contrepoint des extraits du journal du père qui ramène à la réalité nettement moins rose. Sous les bulles de champagne rôde une menace sournoise qui prendra de plus en plus forme, donnant de l'épaisseur aux personnages et laissant pressentir un drame.
J'ai énormément aimé l'impression de montagne russe entre la drôlerie du récit du petit garçon et le désarroi de plus en plus criant du père. On a en permanence une envie de fou-rire et la gorge serrée en comprenant ce qu'il y a derrière. Et il y a tellement d'amour entre eux, amour qui les fera aller loin pour continuer à être ensemble.
Les personnages secondaires ne sont pas négligés non plus, il faut faire connaissance avec "Mademoiselle Superfétatoire" et "L'Ordure"?.

Une très jolie surprise de cette rentrée. Malgré le drame qui couve, on en garde surtout une impression de charme et de bonheur.

Tiziano Terzani

Intervalles

14,90
12 octobre 2015

L'auteur, journaliste italien et grand voyageur, s'étant frotté à toutes sortes d'aventures et de terrains de guerre, décide de ne plus prendre l'avion pendant un an sur la foi d'une prophétie. Bien sûr, il n'y croit pas vraiment, mais se pique au jeu, fatigué de passer d'un aéroport à l'autre et de ne plus avoir le temps de se poser vraiment nulle part.
Il commence par nous expliquer comment il a pu s'arranger avec son employeur pour continuer à travailler avec une telle contrainte. L'auteur se donne pour mission de rencontrer un devin dans chaque ville et pays visités. C'est l'occasion d'un vaste panorama des croyances implantées en Asie et de leur influence sur la population. L'auteur repère rapidement que les prédictions sont en lien direct avec la société où vit le devin. Par exemple l'argent est omniprésent dès qu'il s'agit des Chinois. Il a plus affaire à des personnes ayant un sens de l'observation développé et un bon sens tout court, qu'à de vraies révélations. Quoique, certaines rencontres l'ont beaucoup troublé, mais toujours il essaie de rationnaliser.
Si j'ai trouvé énormément d'intérêt à cette partie de la quête, j'en ai eu encore plus à la description des réalités sociales, politiques, géographiques, historiques des pays visités. L'auteur avait déjà eu l'occasion de séjourner dans ces lieux auparavant et il ne peut que constater l'ampleur des dégâts. Les cultures traditionnelles ont disparu ou sont en voie de disparition sous le rouleau compresseur de la modernité et de l'argent roi. Ce qu'il aimait tant, la diversité des traditions, l'art de vivre, la douceur et la gentillesse des populations, se délite, il en voit les dernières traces. Et que dire de la table rase de quartiers entiers, à la richesse architecturale certaine, remplacés par des gratte-ciels sans âme.
Les changements sont saisissants, je me suis demandée plus d'une fois ce que l'auteur penserait aujourd'hui (le livre a été publié en 1995). S'il décrit très bien ce qu'il voit et ce qu'il fait au cours de cette année, l'auteur témoigne également d'une grande chaleur humaine dans ses rencontres. Que ce soit de vieux amis ou des interlocuteurs passagers, il est toujours à l'écoute et prêt à comprendre. Il y parle également de sa vie personnelle sans que ce soit impudique ou envahissant.
Une lecture dense et passionnante.

22 mai 2015

Le narrateur, Nicolas Slopen, est un universitaire spécialiste des écrits de Samuel Johnson, marié à Léonora et père de deux enfants. Il est présentement interné, puisque Nicolas Slopen est en réalité mort l'année d'avant, dans un accident de la route.
Après une préface intrigante, nous faisons donc la connaissance de Nicolas Slopen, ou en tout cas de l'individu qui revendique son identité. Voilà un roman qui nous entraîne dans une histoire vertigineuse, hallucinante, qui tend vers le fantastique et la science-fiction. Il m'a fait passer par différents états, oscillant entre je déteste ou j'aime selon ma progression. Tout a commencé quand Nicolas Slopen a été contacté par Hunter, riche collectionneur, qui lui demande d'authentifier des lettres de Samuel Johnson.
Le thème central du roman a trait à la manipulation de l'être humain ; il est question d'une mystérieuse Procédure qui se dévoile peu à peu. J'ai dévoré les cent dernières pages avec un intérêt grandissant.
Le narrateur est-il fou ? fabulateur ? Qui sont ces mystérieux interlocuteurs qui l'utilisent ? Sa curiosité intellectuelle, son orgueil, mais aussi la débâcle de son couple, vont l'emmener jusqu'en Russie, en compagnie de la troublante Vera. Il est préférable de ne rien dire de plus, puisque le grand intérêt du livre est de nous laisser dans la confusion un certain temps, avant de découvrir pas à pas ce qui est réellement arrivé à Nick. La construction du roman est brillantissime, tournant autour du vieux rêve de découvrir une façon de se survivre, posant de multiples questions sur les connections corps-esprit. J'ai réévalué plusieurs fois ce que je pouvais penser de Nicolas Slopen, qui devient de plus en plus attachant.
A roman à découvrir pour son originalité et son inventivité.


12 mars 2015

Coup de coeur

J'ai pensé qu'un titre pareil était à coup sûr la promesse d'une lecture poétique, avec la nature en toile de fond. Mon instinct a bien fonctionné et ces ronces là m'ont fait passer un excellent moment.

Le narrateur s'ennuie dans sa petite vie un peu en suspens, cloué trop souvent sur son canapé, aussi accueille-t'il avec soulagement l'invitation de son ami Henry à venir passer un mois sur son île, avec pour seule mission d'entretenir le jardin et de promener le chien en son absence.

L'île a une réputation un peu bizarre et le narrateur en a confirmation sur le bateau où une rencontre fortuite avec le maire lui apprend que "les gens qui ont passé trop de temps là-bas sont devenus cinglés". Le fait est qu'il va vivre des expériences étonnantes sur place, un épisode neigeux en plein été, une pluie d'étoiles filantes et autres phénomènes mystérieux. Il rencontre des personnages plus ou moins originaux et bien imbibés, un petit garçon aveugle qui cherche son père, un voisin tout à la fois bienveillant et inquiétant, une bibliothécaire déprimante.

Mais ce qui fait tout le charme de ce roman, c'est l'humour qui le traverse du début à la fin, le côté doux-dingue de l'ensemble et une écriture extrêmement savoureuse. L'auteur nous le dit lui-même en postface, il aime les mots "je ne fais pas de favoritisme. Je les aime tous de la même façon. Ce que je préfère, c'est quand ils viennent dormir avec moi. Quand en début d'après-midi je m'allonge sur la canapé et qu'ils sont tout un paquet, comme des larves dans ma tête. La sieste peut commencer. Nous sommes tous là serrés les uns contre les autres".

Le narrateur va se sentir progressivement revivre sur cette curieuse île, il n'y a pas que dans les ronces qu'il a fait le ménage. Il voit poindre avec appréhension le retour d'Henri et se laisse envahir par quelques pensées dérangeantes.

Une très bonne découverte, que je recommande chaudement.

Éditions de L'Olivier

18,50
6 novembre 2014

Jean, le narrateur, vient de se faire licencier à 58 ans. Un peu perdu, il erre d'un point à un autre, se rend d'abord docilement au Pôle Emploi avant d'y renoncer, marche beaucoup dans son quartier et dans Paris, du côté de Saint-Lazare, ou celui de la petite ceinture, puis plonge dans ses vieux cartons de photos. Il a été photographe Jean, dans une autre vie, il avait même du talent, dont il n'a pas fait grand chose. Il décide de tout trier et c'est l'occasion de revisiter le passé, avec tous les gens qu'il a connus, ce qu'il a vécu de bon et de moins bon avec les autres.

Roman sur la solitude et l'ennui, je dois avouer que je me suis ennuyée aussi à le lire. J'avais pourtant beaucoup aimé "Des nuages et des tours". J'ai retrouvé là le goût des autres de l'auteur, il est doué pour décrire les amours et les amitiés, les petits riens qui nouent ou dénouent les liens. Mais le roman est surtout constitué de ses ruminations, il a 58 ans, se pense inutile, est désoeuvré et s'imagine que plus rien ne l'attend dans la vie. Il est passé un peu à côté de tout, sans bien comprendre comment c'est arrivé. J'ai senti une grande tristesse dans cette histoire, un certaine passivité aussi qui a fini par m'agacer et trop de longueurs et de répétitions. La note d'espoir qui se dessine à la fin n'a pas suffit à gommer le côté plombant du roman.
Il y a cependant de belles pages sur les errances du personnage, les rencontres dans les bistrots, les amitiés fidèles, les amours, le manque d'enfant qui a détruit son couple, les vrais gens comme on dirait aujourd'hui. Je ne resterai pas sur cette déception et relirai sans aucun doute l'auteur dont la mélancolie et l'humanité me touchent.