Aifelle *.

22 janvier 2013

Le poids de la religion

La paroisse du Sacré-Coeur, à Londres, se prépare une nouvelle fois à célébrer le temps de la Passion. Des fidèles dévoués s'activent et préparent l'église. Il y a là Stella, à la foi incertaine, distinguée femme de politicien, chargée des fleurs. Elle est en réalité concentrée sur le retour à la maison de son jeune fils, Félix, pensionnaire malheureux.
Pour Mrs Armitage, solide, efficace, décidée, c'est le retour du fils aîné qui est attendu. Il est soldat en Afghanistan et Mrs Armitage tremble intérieurement à l'idée qu'il peut lui arriver quelque chose jusqu'à la dernière minute.


Elle regarde avec commisération Mary-Margaret O'Reilly, que l'on pourrait qualifier de simplette. Jeune femme empreinte de religiosité, vivant seule avec sa mère, Fidelma. C'est par elle que ce microscome va être complètement bouleversé. En passant le chiffon sur le visage du Christ, elle croit le voir saigner, et l'entend s'adresser directement à elle.
Le père Diamond, prêtre enclin au doute et au découragement, aura du mal à maîtriser la situation, d'autant plus que la nouvelle se répand rapidement, provoquant la ruée d'un groupe de femmes bien décidées à faire de l'eglise du Sacré Coeur un nouveau lieu de miracle.
Si le rapport à la foi et à la religion de chaque personnage m'a peu intéressée, j'ai par contre été de plus en plus captivée par l'approfondissement de leur psychologie et de leur histoire. Les apparences se fendillent, les traumatismes profonds apparaissent, surtout pour le couple mère-fille Mary-Margaret et Fidelma. Fidelma, vieille femme obèse ne sort jamais de son appartement et c'est un crève-coeur quand nous en comprenons la raison.
Pas complètement séduite donc, à cause du thème religieux, mais toute prête à relire l'auteur dont le premier roman "Saison de lumière" vient de paraître en poche.

Kidman, Fiona

Sabine Wespieser Éditeur

25,00
8 janvier 2013

Onze nouvelles d’une auteure néo-zélandaise, mettant toutes en scène des femmes confrontées à l’adultère, à l’avortement, au deuil, au deshonneur etc .. Presque toujours des évènements du passé viennent interférer dans la vie présente en ressurgissant de manière inopinée. L’écriture est fluide, la psychologie des personnages finement vue, rien n’est appuyé, nous sommes plutôt dans l’impalpable et l’ellipse. Il n’y a pas forcément de chute, plutôt un pas de côté et l’on voit l’histoire d’un autre œil, avec parfois un peu d’étrangeté.


Ma nouvelle préférée « Soiries » nous parle d’une femme, lectrice passionnée de Marguerite Duras, qui finit par réaliser son rêve et aller à Hanoï avec son mari, sur les pas de l’écrivain. Le séjour tournera au cauchemar d’une manière imprévisible. Les trois nouvelles centrales évoquent la disparition d’une femme, vue par trois générations différentes, ce qui permet de saisir ce qu’était la vie rurale en Nouvelle-Zélande a une certaine époque. La réalité de ce pays n’est pas ouvertement abordée, on la perçoit de temps à autre à travers un détail de la vie quotidienne. Les Maoris sont également peu présents, sauf dans une nouvelle.
J’ai beaucoup aimé le ton de ces nouvelles, elles sont suffisamment longues pour que l’on s’attache aux personnages. Elles décrivent bien par ailleurs la dure condition des femmes dans un pays corseté par des règles qu’il ne fait pas bon transgresser. La nouvelle qui donne son titre au recueil met en relief une femme qui prend plaisir à mettre le feu à la nature, la sauvagerie n’est jamais très loin sous le vernis social.

9 décembre 2012

Trois personnages solitaires, une histoire étrange, un soupçon de fantastique, une écriture élégante, raffinée, une touche d’humour, « l’ardeur des pierres » est une lecture exigeante qui s’apprivoise doucement.
Sidonie, française à la peau d’ébène s’offre un voyage au Japon, remplie de curiosité à l’égard de ce pays. On croit qu’elle va être la narratrice, pourtant elle s’efface dès le prologue et ressurgit dans le dernier chapitre.
Kanto, jardinier un peu par hasard. Il a été formé par Maître Nishimura à l’art du jardin traditionnel. Il travaille pour un propriétaire étranger. Replié sur lui-même, il loge dans un appartement juste en-dessous de Yone. Au début du roman, il s’approprie deux pierres sacrées les kamo-ishi, transgression inimaginable au Japon où ces pierres en voie de disparition sont protégées.


Yone, encore un solitaire. Hanté par un père qu’il n’a jamais connu, sculpteur américano-japonais célèbre, il se met en tête qu’il est lui-même un créateur et peut écrire un roman sur un meurtrier de femmes, Tatsuya Ichihashi. L’ennui, c’est que depuis trois ans, il n’a pas dépassé la première phrase. Pour l’heure, il se contente de rédiger des questions pour un jeu télévisé.
Kanto et Yone se cotoient sans hostilité, sans sympathie particulière non plus. Le vol des pierres par Kanto va faire bouger leur relation. Par le truchement de Sidonie, les trois personnages vont être confrontés les uns aux autres jusqu’à un final surprenant.
Le rythme de l’histoire est lent, sans qu’il y ait cependant de longueurs, l’auteur nous emmène dans des directions inhabituelles et changeantes. Je me suis laissée mener par le bout du nez, captivée par l’atmosphère du récit, entre tradition et modernité. La narration est fine et subtile. Assurément une romancière à suivre.

Anne-Marie Métailié

20,00
22 octobre 2012

La famille de la narratrice, Ildiko, est originaire de Voïvodine, région de l'ex-Yougoslavie, aujourd'hui Serbe. Elle fait partie d'une minorité hongroise. Les parents décident d'émigrer en Suisse pour offrir une vie meilleure aux enfants. Ils partent d'abord seuls et les deux filles les rejoignent quelques années plus tard.
Roman sur l'exil, la séparation, la difficulté, voire l'impossibilité de se faire accepter, même en travaillant plus que les autres, mais avant tout récit familial, probablement d'inspiration très autobiographique. Ildiko, l'aînée, n'a au fond jamais supporté de quitter sa grand'mère chérie, sa Mamika, auprès de qui elle était heureuse et tout le roman est parcouru par la douleur de cet arrachement.


De courtes scènes alternent entre les époques et les lieux, tantôt en Suisse, tantôt en ex-Yougoslavie, dressant peu à peu le portrait d'une famille où chacun se débrouille dans son coin, avec ses états d'âme et ses petits secrets. Après des années de galère, les parents ont réussi à acquérir un restaurant, offrant aux regards la vision irréprochable de gens bien comme il faut. En grandissant, les deux filles se sentent tiraillées entre les deux manières de vivre, là-bas et ici, peinant à faire comprendre aux parents leur besoin de liberté.
L'inquiétude est grande lorsque la guerre surgit, les nouvelles de la famille restée là-bas se font rares, et ce sera l'occasion de révéler aux deux filles une partie du passé ignoré de leur père et de leur grand'père. Où l'on voit une fois de plus qu'un pays livré successivement à plusieurs mouvements extrêmistes, tantôt fascistes, tantôt communistes, broie sa population sans pitié.
Pour être tout-à-fait honnête, si je me suis attachée à la famille Kocsis, j'ai eu un peu de mal à entrer dans le style de l'auteur. Des phrases longues, mêlant plusieurs sujets et plusieurs époques à la fois. Passé ce petit inconvénient, le plaisir de la narration l'a emporté.

Prix des Libraires 2013

Anne Carrière

22,00
10 octobre 2012

LE premier roman de la rentrée, celui qu'il faut lire et qui fait partie de plusieurs sélections. Et bien, je ne me joindrai pas au concert de louanges lu et entendu un peu partout.
C'est un livre qui possède des qualités indéniables. Echange à deux voix entre Adèle, vieille femme en fauteuil roulant, veuve du génie mathématicien Kurt Gödel, et Anna, jeune documentaliste de Princeton, chargée de récupérer les précieuses archives du grand homme. La rusée Adèle va s'amuser un peu avec Anna et lui demander de raconter sa vie en échange de la sienne. Anna va se prendre d'amitié pour Adèle et c'est un des meilleurs aspects du livre.


Comme je ne connaissais pas l'existence de Gödel jusqu'à présent, le mélange fiction-réalité ne m'a pas gênée. Adèle est née et a grandi à Vienne, où elle a rencontré Kurt. Petite danseuse de cabaret, leur alliance était plutôt improbable, elle s'est pourtant faite. Adèle aime la vie de la Vienne d'avant-guerre, bourdonnante, joyeuse, même si les signes avant-coureurs de la catastrophe sont déjà là. Kurt, jeune mathématicien plein d'avenir, la fréquente en cachette de sa famille. Adèle accepte déjà tout venant de lui.
Je suis toujours fascinée par l'évocation de la Vienne des années 30 et j'ai aimé toute cette partie du roman, bouillonnante et encore remplie d'espoir pour Adèle, malgré le premier internement de Kurt, dont le génie a des contreparties fâcheuses : l'anorexie qui l'accompagnera toute sa vie, la paranoïa et l'égocentrisme absolu. Confronté à l'arrivée des nazis, le couple finira par quitter l'Autriche et s'installer à Princeton où Kurt va devenir l'ami d'Albert Einstein et cotoyer plusieurs grands cerveaux de l'époque.
Et c'est là que le roman a commencé à me tomber des mains. Trop de longueurs et de digressions, l'histoire perd de son dynamisme. J'entends ici et là que l'aspect mathématique n'est pas gênant. Et bien moi il m'a paru envahissant, jargonnant, sans compter la philosophie, la méthaphysique et autres thèmes qui m'ont perdue en route. Sans compter que je n'ai guère compris le dévouement absolu d'Adèle à cet homme invivable, associal, qui l'a privée sans scrupules de bien des aspects de la vie. L'amour ? Je ne suis pas convaincue.
Ce n'est guère mieux du côté d'Anna, qui traîne une tristesse chronique, se sent médiocre en tout et ne se décide pas à changer quoique ce soit à sa vie.
Ce n'est que mon ressenti, c'est le cas typique d'un roman qui n'était pas fait pour moi, mais en enthousiasmera bien d'autres, j'en suis certaine, justement à cause de ce qui m'a rebutée