Giboulées de soleil, Prix Renaudot des Lycéens - 2016

Lenka Hornakova-Civade

Alma Éditeur

  • 2 février 2017

    En ce début de XXème siècle, Marie quitte Vienne avec sa fille Magdalena, en y laissant une partie d’elle-même. Elle y apprit et aima son métier de maïeuticienne auprès d’un docteur qui fut son professeur, son amant, mais malheureusement jamais un père ni un mari légitime.
    Les premières pages du roman se tournent déjà sur son histoire et c’est Magda, sa fille, qui nous raconte cette nouvelle vie, là où elles ont rejoint la terre natale de Marie, en Tchécoslovaquie. Celle-ci y a épousé le tenancier d’un bistrot, et donné naissance à une autre fille : Rose.
    Dans le microcosme de ce village, nous allons suivre avec souvent toute la candeur de l’enfance et l’innocence qui mène à l’âge adulte, toutes ces femmes. Les mères, les filles, les filles-mères, bâtardes aux yeux de tous de génération en génération : Magda, Libuse, Eva. Belles mais aux libertés entravées. Fortes mais souvent désabusées. Aimantes ; oui, cela ne peut leur être enlevé.
    Comme une ritournelle, quels qu’en soient les artifices ou les giboulées de soleil qui s’offrent à elles, elles traversent le siècle et l’Histoire, nourrissant l’espoir à la fois fou et censé qu’elles pourront renoncer à une vie qu’elles n’ont pas choisi.
    Dans ce très beau roman choral aux accents profonds et étourdissants, Lenka Hornakova-Civade invoque avec beaucoup de tendresse les femmes de son pays, en choisissant pour notre plus grand plaisir de lecteur sa langue d’adoption : le français.

    Manon


  • par (Libraire)
    26 janvier 2017

    Giboulées de soleil

    Magdalena, Libuse et Eva sont les trois personnages centraux du roman. Mère, fille et petite-fille, elles naissent et vivent dans un bourg rural de l'ex Tchécoslovaquie et suivent toutes les trois le même destin: celui de vivre et de grandir sans père, sans homme. Faire face aux difficultés de la vie quotidienne, aux railleries diverses et aux bouleversements historiques qui vont secouer le pays, c'est ce qu'elles vont faire avec leur force de caractère et leur courage. Trois voix, trois « Je », une écriture simple et touchante, un très beau roman...


  • par (Libraire)
    30 décembre 2016

    Trois voix de femmes , une même famille, pour nous raconter leur histoire dans un village de la Tchécoslovaquie d'après-guerre aux années 80. Des femmes de caractère qui doivent assumer leur statut commun de femme sans mari, sans père. Une même destinée qui leur donne la force de la différence.
    Un premier roman porté par une belle écriture.


  • 27 mai 2016

    Le fil rouge de la broderie

    Ce roman est découpé en trois "livres" dont les titres sont des prénoms Magdalena, Libuse et Eva. Magdalena est la mère de Libuse et Libuse est la mère d'Eva. Leur "lignée" de femmes se transmet l'art de la broderie et le fait d'être de père inconnu. Ce sont des "bâtardes" et ce mot les poursuit, leur offrant une certaine liberté, les exposant aussi au mépris, aux railleries, à la mise à l'écart par une société tchèque qui déteste celles qui ont fait un pas de côté.

    Avant même de parler de ces trois femmes, il me semble essentiel d'évoquer Marie, la matriarche, la mère de Magdalena. Tout a finalement débuté avec elle à Vienne. Marie a vécu auprès d'un gynécologue obstétricien juif, elle a appris auprès de lui l'art de donner la vie. Il avait une famille, tout ce qu'il y a de plus officielle, et à côté, Marie et leur fille, Magdalena, une seconde famille de l'ombre. Avant la Seconde Guerre Mondiale, le médecin a fui sans la prévenir et Marie a décidé de retourner dans sa patrie, la Tchécoslovaquie. La citadine redevient paysanne et met son don d'accoucheuse au service de leur village d'adoption. Cette femme, très belle, économe de ses mots et de ses élans de tendresse, est présente tout au long de l'histoire. Elle apprend aux femmes de sa lignée l'art de la broderie, l'art aussi de respirer goulûment les bouffées de bonheur que la vie ne leur accorde que très rarement.

    L'auteure met en avant les femmes, leur intimité, la maison de Marie devenue gynécée mais les hommes ne sont pas pour autant oubliés. Ce n'est pas parce qu'aucun nom de père n'apparaît sur les registres de naissance qu'ils n'ont pas pour autant existé. Un médecin,un aubergiste, un fils de propriétaire terrien, un soldat russe, un Boiteux malfaisant, un délicat poète, la tête dans les étoiles, et son frère plus terrien. Certains se sont montrés tendres et aimants, d'autres d'une brutalité sans nom. Le fait est qu'ils n'occupent qu'une place secondaire dans l'histoire des quatre femmes. Ils peuvent sembler maîtres à bord, les maintenir sous leur coupe, elles trouvent toujours un moyen de s'évader, de trouver le soleil au milieu des giboulées.

    Retirées dans leur petit village, l'Histoire, la grande, leur parvient de manière un peu atténuée. Leur monde est campagnard, elles sont proches de la nature, aiment profondément les vaches, si placides et apaisantes. Le passage des saisons rythme les années. Bien sûr, en filigrane, la Tchécoslovaquie connaît de profonds changements : l'expropriation des propriétaires terriens allemands après la Seconde Guerre Mondiale, l'apparition et l'installation du communisme et la mutualisation des biens, le printemps de Prague. Marie et ses descendantes s'adaptent, plient sans rompre mais gardent, bien dissimulée au fond de leur cœur, le goût de la liberté.

    Pour nous raconter ces femmes, Lenka Hornakova-Civade a écrit en français. Elle est tchèque mais vit en France depuis 1991. Elle a choisi notre langue et l'utilise avec une incroyable délicatesse, une justesse de chaque instant. Les mots sont de splendides parures pour Marie, Magdalena, Libuse et Eva. Des parures faites de douceur, de douleur, de plaisir, de mépris, de violence mais aussi de vie.

    Un très beau roman


  • par (Libraire)
    12 mai 2016

    Dans ce roman,l'auteur tisse la vie de trois femmes, au caractère fier et déterminé. Elles sont tchèques et de mère en fille,elles vont connaître les bouleversements de leur pays. A travers le prisme de ces trois générations, nous assistons à l'annexion nazie, à l'installation du régime soviétique et à son déclin. Chacune à sa manière, relève la tête et affirme sa liberté, envers et contre tous, malgré les contraintes et les épreuves.
    C'est sans soute le caractère bien trempé de ces femmes qui nous fait croire à une sorte de légèreté alors que se cache en filigrane une gravité sourde, la menace qui pèse sur leur vie
    à chaque soubresaut de l'Histoire. Le temps défile à l'image de la broderie que ces femmes pratiquent avec virtuosité; c'est le fil rouge qui unit leur destin, qui façonne leur présent et qui entretient la mémoire.
    Dans ce premier roman très réussi, on n'oublie pas certaines scènes, ce qui révèle toujours l'univers d'un vrai écrivain.


  • par
    26 avril 2016

    Lenka Horňáková-Civade est née en Moravie, elle s'est installée en France au début des années 1990 et écrit ce premier roman en français, sa langue d'adoption. C'est un hommage aux femmes de son pays de naissance, aux femmes en général, qui bien que rarement mises en avant sont celles qui font bouger les hommes, celles qui portent l'espoir. On a coutume de dire en parlant de ce genre de roman que ce sont de beaux portraits de femmes ; c'est parfois vrai, parfois un brin usurpé, mais là, franchement, quels beaux portraits de femmes ! Fortes, solides dans les épreuves et elles en traversent, à elles quatre à peu près tout ce que peuvent vivre les femmes en règle générale : amour, désir, sensualité, mais aussi les coups, la haine, la jalousie, le viol ; les hommes n'aiment pas les femmes libres en Tchécoslovaquie à l'époque (et sûrement ailleurs aussi). L'auteure décrit plutôt la campagne que la ville, là où elle se sont réfugiées pour espérer une vie plus calme, mais les temps violents du vingtième siècle viendront troubler leur désir de tranquillité.

    Marie, la mère, puis grand-mère et arrière grand-mère est forte. C'est le pilier de la lignée, celle qui tente de ne jamais déroger à son principe de liberté, malgré les difficultés et les regards méprisants. Magdalena et Libuše profiteront, au moins au début de leur vie, des leçons de leur mère et grand-mère. Libres elles sont, libres elles tenteront de rester, ce qui ne sera pas facile. Eva bénéficiera d'une période plus clémente, 20 ans en 1989, à la chute du Mur.

    Ce roman est aussi un très bon moyen de se remettre en mémoire toutes ces périodes du siècle passé, vues par ceux qui les ont subies. C'est toujours intéressant de savoir comment l'on pouvait vivre quotidiennement sous les différents régimes, nazis ou communistes, les compromissions des uns pour avoir une vie meilleure, du pouvoir, les refus des autres de mettre le doigt dans un engrenage d'un mécanisme qui les broierait sans état d'âme.

    Un très bon premier roman, que je conseille aux femmes et aux hommes (même si nous n'avons pas le beau rôle). Écriture vive, vivante, qui détaille les rapports humains, qui parfois d'une simple phrase en dit beaucoup plus qu'un long discours : "Je hais ma mère profondément à ce moment-là, d'autant plus qu'elle m'est indispensable (...) Je hais ma mère autant que je l'aime." (p.116). Elle est rapide, va droit au but : "Secouée par une contraction interminable, je cherche des yeux le visage de ma mère. Je veux qu'elle voie dans les miens la peur, la douleur, l'angoisse. Je ne peux pas lui dire. J'ai peur qu'elle ne m'écoute pas. En la regardant, j'espère qu'elle m'entendra. Dans ses yeux à elle, quelle horreur ! Je vois la peur, la douleur, l'angoisse. Je ferme les yeux. Il n'y a pas d'espoir. Je ne verrai pas la réconciliation, l'amour, la douceur. Pa s de place pour cela." (p.63)

    Vraiment, vraiment, je vous conseille de voyage dans le temps et en République Tchèque. Lenka Horňáková-Civade est également peintre, je verrai avec plaisir son travail.


  • 19 avril 2016

    Trois générations de femmes en Tchécoslovaquie. Magdalena, Libuse et Eva. Toutes les trois bâtardes. J'y ajouterais Marie, la plus ancienne de la lignée et non des moindres, sa personnalité pesant sur les suivantes. Elles vivent pauvrement à la frontière autrichienne, élevant des vaches, tenant un café ou brodant selon la situation du moment, entendez situation politique, puisque la première connaîtra l'annexion nazie, la deuxième le communisme et la dernière la chute du mur de Berlin.
    Le roman est divisé en trois parties, une nouvelle narratrice prenant la parole. C'est ainsi que nous voyons le déroulement des années par trois regards différents, les uns éclairant les autres. C'est l'intérêt et la limite du roman, j'ai eu du mal à abandonner la première narratrice, Magdalena et à ne plus entendre parler d'elle que par la bouche de sa fille et de sa petite-fille. Je n'ai pas réussi à faire le lien entre la jeune fille vive et pleine de rêves et la femme qui se laisse soumettre par un bon à rien, sous la férule de Marie.
    Dans le coin de campagne paumé où elles habitent, les filles semblent assez naïves ; pourtant, l'environnement est dur, les conditions de vie également. L'avenir n'est pas rose, ce qui ne les empêche pas de rêver au grand amour et de croire parfois le vivre. Mais l'intérêt premier du roman est le contexte historique, où l'on voit une fois de plus que la grande histoire pèse lourd sur les destins individuels.
    A noter que l'auteure, Tchèque, vit en France depuis une dizaine d'années et a écrit directement en français.