Betty D.

LE CAUCHEMAR

Fallada Hans

Denoël

20,00
par (Libraire)
11 avril 2020

Allemagne année zéro

Le titre sans ambiguïté évoque avec un profond réalisme les derniers mois de la guerre en Allemagne et la plausible reconstruction dans l'aveuglement total. Hans Fallada ne ménage pas le lecteur et l'entraîne dans un sillage paradoxal fait d'apathie et de colère. Avec une fine psychologie, il détaille les atermoiements, les sursaut existentiels, les replis physiques et psychiques au coeur d'une dépression intense. L'Allemagne aux yeux du narrateur n'est plus qu'une terre de honte sans scrupule ni culpabilité. Le régime nazi défait, les moeurs allemandes et les comportements des citoyens n'ont qu'à peine bougés. Douze années de tyrannie et de de guerre, d'attente effroyables. Et si la morphine est parfois l'amie consolatrice pour les survivants, comme surgis du néant, ils éprouvent des réveils brutaux, un manque douloureux et un avenir incertain. Rédigé en 1946, ce roman est extraordinaire de beauté et de fragilités.

Génitrix

Le Livre de poche

5,90
par (Libraire)
11 avril 2020

Férocité

Ce pourrait être un roman d'épouvante, un roman familial sordide à huis clos où le fils et la mère atteints d'une perversité mentale sensible malmènent leur petit monde et surtout eux-mêmes. Nul besoin de terreur outrancière et appuyée, l'écriture du Prix Nobel de littérature (1952) suffit amplement à instaurer un climat délétère et suffocant. On y retrouve les thèmes chers au romancier, la "maltraitance" maternelle possessive et infernale, la docilité apparente du fils sous l'emprise de cette possession, la possession des richesses et son avarice inhérente. C'est un abîme de folies douces et tenaces où les protagonistes se meuvent à pas feutrés, s'épient, se chérissent et se jalousent. Mauriac excelle à décrire cet enfermement et l'exclusivité maladive qu'une mère voue à son fils comme une sorte de jeu pervers où l'on gagne rarement.

Neige et corbeaux

Philippe Picquier

21,50
par (Libraire)
10 avril 2020

Confinement 1910

Rarement un roman aura autant collé à l'actualité que celui-ci, criant de vérité et de réalité avec la situation pandémique actuelle. Agencement et fourmillement de petites chroniques du quotidien de commerçants, de villageois, de paysans plein d'allant et de vitalité, presque insouciants, alimentant leurs querelles mesquines jusqu'à être attrapés par une épidémie féroce, un virus invisible et mortel, la peste pulmonaire. A plus d'un siècle d'écart, il est curieux et étonnant de constater que l'homme confronté à un désastre pandémique utilise les mêmes moyens, ne sait que réagir dans l'urgence et tente désespérément de se débattre en eaux troubles et glacées. Tout y est, sauf que vous êtes propulsé en 1910 dans cette région extrême orientale de Chine du nord-est. La publication de ce roman en cette fin d'hiver n'est que pure coïncidence, cela en est troublant.

Richesse oblige

Anne-Marie Métailié

18,00
par (Libraire)
7 avril 2020

Plaidoirie

Roman social presque militant autour de la possession et de la possible redistribution des richesses. En bonne avocate pénaliste, Hannelore Cayre n'a pas la langue dans sa poche et ne ménage pas son lecteur. Ses personnages débordent de vitalité et sont prêts à tout pour sauver leur cause et honorer leurs droits, parfois sans trop de scrupules ni de délicatesse. Les réparties sont vives, drôles et le ton cassant. Roman mené tambour battant comme une plaidoirie réjouissante et percutante. De 1870 à nos jours, le roman dresse le portrait acide de nos sociétés argentées animées par le gain et l'accumulation des richesses. C'est l'histoire d'une famille sur plus d'un siècle agissant en toute impunité sans s'encombrer de conscience ni de partage, à quelques exceptions près. Un plaidoyer impeccable.

Chanson bretonne suivi de L'enfant et la guerre
par (Libraire)
7 avril 2020

Une enfance contée

Deux longs contes qui autorisent une relation de confiance et de confidence entre l'auteur et son lecteur. Évocation lente et douce de ses origines bretonnes, des vacances de jeunesse passées en Bretagne loin des flux et des flots touristiques, dans cette terre du bout du monde encore intacte, profondément humble, solidaire et rurale. C'est aussi la narration d'une petite enfance meurtrie par la guerre à Nice, la découverte d'une violence inouïe, de la cruauté des hommes et l'apprentissage des privations et de la faim tenace et insupportable. Si le ton paisible et sage de Jean-Marie Gustave Le Clézio enveloppe le lecteur en apparence, la vérité claque aussi au détour des phrases, réveillant le lecteur et le détournant soudainement de son confort ambiant. À lire et à relire.