Aifelle *.

18 septembre 2013

Le titre de ce roman est fort bien choisi, les petits scènes sont celles que notre mémoire conserve. Ce ne sont pas forcément les plus marquantes, pourtant ce sont celles qui surgissent par fragments lorsque nous cherchons un fil rouge à notre vie. Nous suivons Lili de son jeune âge à la maturité. Petite fille, elle vit seule avec son père Gabriel, sa mère les a quittés lorsqu'elle était bébé. Elle n'en sait quasiment rien, son père lui a seulement annoncé un jour qu'elle s'était noyée.

Lili avec pour seul viatique le souvenir d'une vieille photo noir et blanc de sa mère va se construire bancale autour de ce manque. Le père, avare de paroles, amène un jour à la maison une nouvelle femme, Viviane, avec ses quatre enfants, trois filles et un garçon. Le changement sera radical et Lili devra composer avec cette famille bricolée.

Je pourrais continuer à égrener les évènements qui jalonnent la vie de Lili, qui découvrira qu'elle se prénomme en réalité Barbara, mais ce qui compte avant tout dans un roman de Sylvie Germain c'est l'écriture, splendide, son amour des mots rares, sa capacité à saisir les moments lumineux, le questionnement sur la vie, l'avant, l'après.
Lili/Barbara sera hantée longtemps par l'opacité qui entoure la disparition de sa mère, elle n'arrivera jamais réellement à se situer dans cette famille, d'autant plus qu'un évènement tragique va la faire basculer et la disloquer durablement. Le salut sera peut-être dans la fuite, l'époque y contribue, les utopies de mai 68 explosent et l'entraînent dans leur sillage.

Mélange de moments réalistes et de fulgurances, le roman tisse l'histoire de Lili/Barbara avec une richesse de réflexions et de sensations incomparable. Une réserve cependant. En ce qui me concerne, la beauté de l'écriture a parfois fait écran à l'émotion. Si j'ai bien saisi la détresse de la petite fille en quête de mère, j'ai trouvé l'adulte bien lointaine, moins incarnée.

8,30
15 juillet 2013

Quatre jeunes filles, Bree, Célia, April et Sally arrivent à l'Université de Smith, exclusivement réservée aux filles. Elles ont 18 ans, viennent d'univers très différents, mais l'amitié est là immédiatement et ne se démentira plus.
L'entrecroisement de quatre points de vue permet de dégager peu à peu leurs personnalités, leurs rêves, leurs ambitions, leur passé. Si la première partie ne m'a pas passionnée, les préoccupations d'étudiantes sont bien loin des miennes, leur entrée dans l'âge adulte m'a au contraire accrochée et à partir de là je ne l'ai plus lâché.

Sous une apparente superficialité, l'auteur aborde des thèmes forts, avec un féminisme très affirmé à travers le personnage d'April. Il y est question également des relations avec les parents, de la difficulté de vivre sa sexualité, de la liberté réelle ou fantasmée de chacun, des mauvais choix que l'on peut faire, des aveuglements qui se prolongent et qu'il faut bien affronter un jour. En filigrane, on peut suivre les problèmes qui ont travaillé la société américaine sur deux générations.
Un drame survient au cours du récit, rendant les derniers chapitres haletants, avec un dénouement surprenant. Par-dessus tout, ce qui rend le roman attachant, c'est l'amitié indéfectible qui lie les quatre filles.
Une lecture pleine d'humour, parfaitement adaptée à ces temps de vacances.

Éditions de L'Olivier

16,00
31 mai 2013

Ce texte est d'abord sorti dans "le matricule des anges" sous forme de chroniques. L'auteur l'a retravaillé pour en faire un livre dont je me suis régalée. Il a observé la vie autour de son immeuble, Porte d'Ivry, pendant 5 ans. Il parle de tout et de rien, surtout de gens de peu et des transformations de ce quartier de Paris où atterrit une population qui se fait repousser de plus en plus aux marges de la capitale.


Il mêle le passé et le présent, les voyages au Chili et au Japon, les élèves auxquels il enseigne, les rencontres fortuites et celles qui marquent. On prend souvent le PC2, bus de la petite ceinture. Ça pourrait être la vie de tout un chacun, à condition de savoir regarder, voir, sentir, imaginer, s'intéresser pour de bon aux autres.
De la fenêtre de son immeuble et en marchant inlassablement dans son périmètre parisien, l'auteur observe les nombreux travaux qui vont bouleverser encore un peu plus le quartier. Il y a de la nostalgie, de la douceur dans son regard et beaucoup de tendresse pour les gens modestes qu'il voit au quotidien. La vie comme elle va .. J'ai refermé le livre en me disant que j'aimerais bien l'avoir comme voisin de palier cet-homme là. Il y a urgence à découvrir ses livres précédents.

roman

Rue Fromentin

22,00
16 mai 2013

Réjouissant, jubilatoire, très vivant, "Maine" est un roman bourré de qualités et il n'engendre pas la mélancolie !
Quatre femmes de la famille Kelleher s'expriment à tour de rôle, la grand-mère Alice, la fille Kathleen, la petite-fille Maggie et la belle-fille Ann-Marie, quatre voix singulières et discordantes nous donnant au fil du roman une vision plus nette du passé de chacune.
Ce qui les réunit, c'est la grande maison familiale dans le Maine, acquise autrefois par Daniel, le mari d'Alice, décédé il y a 10 ans (un saint cet homme-là !). Or, Alice, 83 ans, vient de prendre une décision concernant la propriété qui sera loin de réjouir les enfants et les petits-enfants. Les tensions accumulées depuis des décennies vont culminer et exploser.
Il faut dire que les caractères en présence ne sont guère faits pour s'accorder. Alice, l'aïeule, a la rosserie chevillée au corps et s'est noyée trop longtemps dans l'alcool. Même si l'on comprend l'origine de ses comportements, sa personnalité n'attire pas la sympathie.
Kathleen, une de ses deux filles, est hélas tombée elle aussi dans le piège de l'alcool. Après un premier mariage raté, elle a trouvé un second souffle avec Arlo et elle élève des vers de terre en Californie (activité difficile à placer dans la conversation n'est-il pas ?). Son franc-parler est souvent perturbant pour son entourage.
Maggie, fille de Kathleen est un personnage qui fait pitié. Sa mollesse est pathétique, elle a des excuses avec une mère et une grand-mère pareilles, mais tout de même, on a constamment envie de lui dire "secoue-toi, défends-toi !". Pourtant cet été là, pour une fois, elle saisira peut-être l'occasion de s'affirmer un peu.
Et enfin Ann-Marie, la pièce rapportée, belle-fille parfaite, ses deux enfants parfaits (hum .. hum ..), l'épouse parfaite de Patrick. La façade va se lézarder et c'est tordant.
Elément d'importance dans le roman, la religion catholique, ces Irlandais d'origine respectent ses principes, surtout Alice, et elle a pesé d'un poids très lourd sur toute son existence.
Ce n'est pas un énième roman choral de plus, le talent de l'auteur éclate dans l'émotion, la drôlerie, la férocité, la subtilité. A 30 ans elle fait preuve d'une maîtrise étonnante et prometteuse.

nouvelles

Gallimard

17,50
27 mars 2013

Entre amis" est un recueil de huit nouvelles se déroulant au kibboutz Yikhat. On retrouve d'une nouvelle à l'autre des personnages croisés auparavant, ce qui lie l'ensemble comme un roman.

Il y est question d'histoires humaines, très humaines, comme dans toute communauté, avec ses petitesses, ses forces et ses faiblesses. Le parcours des uns et des autres est très différent et tous ne s'adaptent pas de la même manière aux règles strictes du kibboutz. A travers, un petit garçon qui voudrait tant dormir chez ses parents, un adolescent obligé de mentir pour aller rendre visite son père à l'hôpital, un jeune qui veut aller en Italie pour voir ailleurs comment est le monde, on comprend à quel point le lieu peut être étouffant pour les individualités.

Les couples se forment ou se séparent sous l'oeil de tous les habitants du kibboutz, prompts à commenter ou à se moquer. La place des femmes est peu enviable, cantonnées quelles sont aux tâches ménagères et aux soins des enfants.

Les fondateurs de Yikhat voient avec amertume les jeunes réclamer des règles moins strictes, les femmes demander la fin de la séparation des parents et des enfants la nuit, sentant venir une autre époque ou le confort prendra le pas sur la solidarité et l'égalité.

L'écriture est simple et claire, les personnages attachants et profondément humains. C'était ma première lecture de l'auteur, il me tarde d'en découvrir d'autres.