Annie Ernaux, écrire la vie

Depuis la parution des "Armoires vides" (1974), Annie Ernaux construit une œuvre de l'intime et de l'universel mêlés, une écriture de soi "porteuse de la vie des autres", comme elle l'écrit dans "Journal du dehors" (1993). Cette oeuvre qui "n'est pas une biographie, ni un roman naturellement, peut-être quelque chose entre la littérature, la sociologie et l'histoire" écrit-elle dans "Une femme" (1987) marque de sa singularité et de sa force, de sa justesse à atteindre le réel, à "écrire la vie".
La parution de "Mémoire de fille" (2016) apparait comme l'accomplissement de cette oeuvre où l'écriture et la mémoire font corps, donne à lire et à entendre sous un jour nouveau un corpus déjà considérable.
Annie Ernaux vient de recevoir le prix Nobel de littérature 2022.
Betty Duval-Hubert et Manuel Hirbec, librairie la buissonnière.

(1993-1999)

Folio

7,20

«Relisant ces pages, je m'aperçois que j'ai déjà oublié beaucoup de scènes et de faits. Il me semble même que ce n'est pas moi qui les ai transcrits. Ce sont comme des traces de temps et d'histoire, des fragments du texte que nous écrivons tous rien qu'en vivant. Pourtant, je sais aussi que dans les notations de cette vie extérieure, plus que dans un journal intime, se dessinent ma propre histoire et les figures de ma ressemblance.»Annie Ernaux.
«J'ai besoin de garder la mémoire du présent, de m'immerger dans la réalité de la ville, d'être traversée par la vie extérieure.»


Tous les livres que j'ai écrits ont été précédés d'une phase, souvent très longue, de réflexion et d'interrogations, d'incertitudes et de directions abandonnées. A partir de 1982, j'ai pris l'habitude de noter ce travail d'exploration sur des feuilles, avec des dates, et j'ai continué de le faire jusqu'à présent. C'est un journal de peine, de perpétuelle irrésolution entre des projets, entre des désirs. Une sorte d'atelier sans lumière et sans issue, dans lequel je tourne en rond, à la recherche des outils, et des seuls, qui conviennent au livre que j'entrevois, au loin, dans la clarté. Il y a quelque chose de dangereux, voire d'impudique, à dévoiler ainsi les traces d'un corps à corps avec l'écriture. Mais, en publiant ces pages, j'ai voulu porter témoignage de celle-ci, telle qu'elle se vit au jour le jour, dans la solitude.


Entretiens avec Michelle Porte

Gallimard

12,90

«En 2008, Michelle Porte, que je connaissais comme la réalisatrice de très beaux documentaires sur Virginia Woolf et Marguerite Duras, m’a exprimé son désir de me filmer dans les lieux de ma jeunesse, Yvetot, Rouen, et dans celui d’aujourd’hui, Cergy. J'évoquerais ma vie, l’écriture, le lien entre les deux. J’ai aimé et accepté immédiatement son projet, convaincue que le lieu - géographique, social - où l’on naît, et celui où l’on vit, offrent sur les textes écrits, non pas une explication, mais l’arrière-fond de la réalité où, plus ou moins, ils sont ancrés.»
Annie Ernaux est l'auteur de quinze livres aux Éditions Gallimard. Le vrai lieu recueille l'intégralité de ses entretiens filmés avec Michelle Porte, dont seule une partie avait été retenue au montage. Une traversée unique de son œuvre à la lumière de la question des lieux.


6,60

Elle a trente ans, elle est professeur, mariée à un " cadre ", mère de deux enfants. Elle habite un appartement agréable. Pourtant, c'est une femme gelée. C'est-à-dire que, comme des milliers d'autres femmes, elle a senti l'élan, la curiosité, toute une force heureuse présente en elle se figer au fil des jours entre les courses, le dîner à préparer, le bain des enfants, son travail d'enseignante. Tout ce que l'on dit être la condition " normale " d'une femme.


7,20

«À partir du mois de septembre l'année dernière, je n'ai plus rien fait d'autre qu'attendre un homme : qu'il me téléphone et qu'il vienne chez moi.»Annie Ernaux.